EVALUATION
DES PROCEDES DE CAPTAGE NUMERIQUE
EN VUE DE REALISER DES IMAGES ANIMALIERES
Par Jean-Yves Piel (Le Caire, Egypte),
avec l’étroite collaboration de Yves Leduc (Montréal,
Canada), Alain Fossé (Angers, France), Stéphane Moniotte
(Bruxelles, Belgique) et Lucien Guès (Ayette, France).
Ce qui suit est un résumé de quelques
approches actuelles et de leurs possibilités techniques respectives
offertes sur le marché pour réaliser sur le terrain des images
numériques d’animaux (en l’occurrence ici, d’oiseaux) par comparaison
à la photo optique (utilisant des supports argentiques). Cette dernière
reste en général plus performante si l’on vise une impression
ou une publication sur papier, mais beaucoup plus chère à
performances égales et beaucoup moins pratique à utiliser
sur le terrain.
Ce travail est le résultat d’un échange d’expériences
entre plusieurs utilisateurs. Son objectif est de faire bénéficier
à un plus grand nombre d’amateurs de la nature, des perspectives
offertes par un certain type de matériel à des fins d’observations
de terrain, d’identification ou même de simple outil de communications
et d’amélioration des connaissances. D’une manière générale,
ce qui est proposé est le résultat d’une utilisation combinée
d’instruments optiques et de capteurs numériques d’images (procédé
dit CCD). C’est un sujet d’autant plus passionnant que l’on n’en est certainement
qu’au début de son utilisation. Il y a tout à parier que
les progrès technologiques actuels et à venir vont vite en
faire un outil révolutionnaire pour l’observation ornithologique.
Trois procédés ont été testés sur
le terrain. Leurs prix restent relativement élevés mais sont
beaucoup plus abordables financièrement qu’un équipement
purement optique correspondant. Les équipements sont aussi beaucoup
plus discrets, maniables, de dimensions et de poids réduits. On
se propose ici d’essayer d’analyser leurs avantages comparatifs. Il s’agit
:
1. Du Digiscoping
(le budget approximatif global de l’ensemble s’élève à
20.000 FF, soit: 10.000 FF pour l’appareil du genre Nikon CoolPix et 2
films numériques - CF Cards - et 10.000 FF pour l’optique comprenant
un télescope et un trépied). En plus de l’appareil, il faut
utiliser la lunette d’observation fixée sur un trépied. Il
faut prévoir également un système de fixation de l’appareil
sur la lunette et un œilleton pour la visée. A noter la possibilité
d’utilisation de l’appareil digital seul muni d’un multiplicateur de focale
(jusqu’à 5X (Eagle Eye),
voire 8X avec la lentille Kenko
8X32, et d’ici quelques mois la sortie sur le marché de la lentille
telescomicro
8X20 de Nikon). Dans ce cas, le procédé devient similaire
au système Mavica (qui suit), sans la très grande maniabilité
de ce dernier mais avec une résolution beaucoup plus élevée.
Copyright 2000 Stéphane Moniotte and Yves Leduc
2. Du système Mavica de chez Sony
(budget approximatif : 9.000 FF) qui offre une résolution et un
grossissement bien plus faible que le Digiscoping, mais reste beaucoup
plus maniable sur le terrain. Une autre solution similaire non encore testée
par les utilisateurs serait l’utilisation du système Sony Cybershot
(le dernier modèle F505V
offre une résolution exceptionnelle de 3,34 mégapixels).
Ce dernier ne convient pas du tout au digiscoping à cause du diamètre
trop grand de sa lentille, mais la qualité même de cette lentille
fait de cet appareil un bon choix numérique si on peut augmenter
son faible grossissement de 5X par des multiplicateurs de focale (voir
plus loin).
Copyright 2000 Jean-Yves Piel
3. De l’extraction d’images fixes (au moyen
d’une carte de capture à connecter par exemple sur le port PCMCIA
d’un ordinateur portable) à partir de séquences vidéos
prises à l’aide des nouveaux Caméscopes Sony Digital
8mm. Budget approximatif global : 12.000 FF (Caméscope et carte
de capture DV8).

Copyright 2000 Jean-Yves Piel
Pour faire ce petit résumé comparatif, les critères
suivants ont été retenus:
1. Légèreté et encombrement (important pour
le transport et la discrétion sur le terrain pour une approche non
dérangeante des oiseaux)
Le système Mavica l’emporte sans conteste. Seuls sont nécessaires,
l’appareil de la grosseur d’un bon réflex optique et un doubleur
de focale. L’utilisation du trépied n’est pas utile, même
avec un grossissement de 28X (équivalent optique : 1040 mm). A noter
cependant que pour une approche non dérangeante des oiseaux, la
longue distance à laquelle se situe l’utilisateur du digiscoping
est aussi un atout sérieux.
2. Maniabilité et rapidité d’installation (il faut
souvent agir vite, l’oiseau est furtif ou en constant mouvement)
Là encore, le Mavica n’a pas de rival. On opère avec
l’appareil en main sans avoir besoin d’un trépied. Le caméscope
digital vient ensuite car, malgré un puissant stabilisateur optique,
il faut un trépied pour une bonne prise vidéo. Le Digiscoping
nécessite quant à lui l’installation de l’appareil numérique
sur la lunette et le tout doit être posé sur le trépied.
Malgré tout, l’installation reste plus discrète, plus maniable
et surtout plus rapide à mettre en œuvre que «l’artillerie
lourde» du matériel tout optique.
3. Qualité de l’image numérique
Elle est définie par la sensibilité du capteur CCD (nombre
de pixels pour un minimum de luminosité en général
définie à 5 lux) qui permet un certain type de résolution
(VGA, XGA, SXGA, etc.). La dimension d’une image est une donnée
absolue: 2048x1536 pixels (CoolPix), 1024x768 (XGA), 640x480 (VGA) sont
le nombre absolu de pixels horizontaux et verticaux utiles composant l’image
enregistrée sur le CCD. La multiplication de l’un par l’autre détermine
la puissance de l’appareil en (Méga)pixels. La résolution
à laquelle cette image sera affichée sur un écran
ou imprimée sur papier s’exprime en pixels par pouce (PPI), par
exemple 72 PPI ou 96 PPI pour l’écran et 300 PPI pour une imprimante
à jet d’encre domestique. Le terme «dot» s’appliquerait
plutôt aux multiples points de couleur utilisés pour imprimer
un même pixel.
Le champion de la catégorie semble être actuellement sur
le marché le Sony Cybershot F505V avec une sensibilité de
3,7 millions de pixels suivi du Nikon Coolpix 990 avec 3,3 millions de
pixels. La série des Mavica naviguent quant à elle dans un
éventail de 0,3 à 1,3 millions de pixels, la puissance du
zoom semblant être inversement proportionnelle à la précision
de l’image captée. Il est important de noter qu’une sensibilité
élevée augmente d’autant les possibilités de recadrage
dans le logiciel de traitement d’images; et un recadrage de 50%, à
la dernière étape du travail, équivaut à doubler
le grossissement optique obtenu précédemment, un choix auquel
ni le Mavica ni le caméscope n’ont accès, à cause
de la petite dimension de leur image d’origine. Pour être clair.
Il est nécessaire d’insister sur le fait que si l’objectif final
de l’opération vise à la publication du travail sur support
papier (et non pas seulement une utilisation informatique), il faut impérativement
travailler à partir du seuil des 3 mégapixels.
4. Grossissements optiques (en mettant en garde contre
toute utilisation de grossissements numériques)
Le Nikon Coolpix 3X plaqué au télescope muni d’un oculaire
de 20X donne un grossissement de 60X, soit
l’équivalent d’une lentille de 3.000mm en optique. Dans certaine
circonstance (excellente lumière, stabilité de l’oiseau,
vent nul, etc.), il est possible d’utiliser l’oculaire de 40X et même
de 60X pour des observations rares. Dans ces cas là, l’oiseau peut
être observé à bonne distance, ce grossissement pouvant
atteindre 180X, équivalant à une focale de 9.000mm. Dans
des cas d’observation rare ou exceptionnelle, il n’est pas forcément
utile de produire un chef-d’œuvre artistique, mais de disposer d’un document
visuel mille fois supérieur à une simple description écrite.
A titre de comparaison, le Sony Cybershot possède une optique
de 5X, le Mavica FD91 de 14X et le caméscope de 25X, chacun d’entre
eux pouvant être équipé d’un doubleur de focale ou
même d’un convertisseur à 5X, ce qui donne un grossissement
maximum final de 25X, 70X et 105X respectivement. A noter cependant, que
dans ces cas de forts grossissements, on est beaucoup moins limité
par la lumière avec les système offerts chez Sony qui peuvent
opérer dans l’obscurité. Le champion dans la catégorie
semble être le caméscope digital 8mm qui peut être utilisé
dans l’obscurité complète (0 lux).
N.B. Tous ces facteurs de grossissement se retrouvent multipliés
par deux si on recadre l’image originale de 50% dans le logiciel de traitement
d’images. Mais seule une résolution supérieure à 3
Mégapixels rend ce grossissement possible, le Mavica et le caméscope
ne disposant pas de suffisamment de pixels au départ.
5. Sûreté d’exécution (stabilité,
utilisation du trépied, d’un retardateur de prise de vue ou d’une
télécommande)
Avec de forts grossissement, appuyer sur le déclencheur pose
parfois des problèmes ardus. Un doigt ‘un peu lourd’ lors du déclenchement
et l’image est perdue. Déclencher la prise de vue à l’aide
du retardateur est risqué, l’oiseau bouge et peut même sortir
de l’angle de prise de vue. Nikon vient de sortir une télécommande
(Remote Control) mais son prix est très élevé. Avec
le Mavica, le problème ne se pose pas puisqu’on opère à
la main. Enfin, les caméscopes sont livrés avec une télécommande
très complète utilisable tant à la prise de vue sur
le terrain qu’à la projection sur l’écran TV.
Le Coolpix a un mode dit BBS (Best Shot Selector) qui est intéressant
pour le digiscoping. On appuie sur le déclencheur et l’appareil
prend une série de photos (jusqu’à 10 sur les dernières
versions) au 1/3 de seconde, puis analyse leur netteté et ne conserve
que la plus contrastée (donc la plus nette). Avec ce système,
en appuyant sur le déclencheur pour la première photo, on
améliore ainsi ses chances d’avoir une photo plus nette parmi les
suivantes.
6. Avantage comparatif des angles de visée (à 45°
ou en ligne)
L’oiseau que l’on veut croquer n’est malheureusement pas souvent perché
à hauteur des yeux ou dans un lieu qui permet une observation ou
prise de vue confortable. Si l’opération ne pose pas de problème
avec le Mavica utilisé à la main, une gymnastique instable
peut être une source de problèmes ou d’inconfort lorsqu’il
faut viser à partir d’un trépied. Pour cela le Coolpix, le
Cybershot ou le caméscope sont tous munis soit d’une tête
pivotante, soit d’un objectif pivotant ou encore d’un viseur pivotant.
A noter cependant que lorsqu’il s’agit de viser de très loin un
passereau de dimension réduite au milieu d’un feuillage touffu,
la visée en ligne permet de gagner un temps précieux.
7. Prise de vue en rafale, avantage de l’extraction d’images fixes
à partir de séquences vidéos
Le Coolpix a un mode de prise de 16 vues en rafale, mais peu utilisable
parce qu’il n’offre qu’une résolution de 640x480, donc impropre
à une publication éventuelle. Ceci est encore plus vrai sur
le Mavica. Par contre, l’extraction d’image à partir d’une séquence
vidéo permet d’obtenir des clichés de l’oiseau dans des poses
ou sous des angles particuliers ou inhabituels sans perte de qualité
par rapport à l’original. Cette facilité peut intéresser
les peintres animaliers qui obtiennent l’oiseau dans des postures caractéristiques
ou intéressantes.
8. Prise de vue à partir d’écrans LCD et/ou de viseur
La difficulté de la prise de vue et de la localisation d’un
sujet distant et souvent discret, furtif ou en mouvement, a déjà
été abordée plus haut. La plupart des appareils d’imagerie
digitale ne sont pas muni de viseur, mais d’un écran LCD peu pratique
si celui-ci est en plein soleil ou si l’on utilise des focales longues.
Il est donc plus facile d’opérer avec un modèle de caméscope
ou de Mavica munis à la fois de l’écran et du viseur. Pour
le Coolpix, l’œilleton ‘Extend-a-view’ donne de très bons résultats
pour ce qui est de voir en plein soleil, mais cela ne change rien au fait
que la qualité de l’image sur le LCD ne permet pas d’obtenir un
foyer parfait. C’est une grosse difficulté du digiscoping.
9. La carte mémoire et le stockage des images, la possibilité
de communiquer électroniquement les résultats
C’est une faiblesse du Coolpix qui ne prend que les ‘Compact Flash
Cards’ de type I, d’où une incompatibilité avec les IBM Microdrive
de type II, par exemple. Les cartes Flash les plus puissantes offrent une
capacité de 196 Mb.
10. Les limite de l’impression sur papier
Supériorité incontestable des systèmes offrant
plus de 3 Mégapixels pour un format d’environ 24x30 cm, ce qui est
supérieur au format permis par une imprimante du commerce). Pour
être précis, à 300 ppi, une image brute de Coolpix
de 2048x1536 est de 13x17 cm. Si la netteté est excellente et que
l’on peut imprimer à 200 ppi, on peut alors aller jusqu’à
20x26 cm. Des images de 24x30 cm imprimées par Yves Leduc (voir
son site "Souvenirs
ailés") étaient des composites de plusieurs images plutôt
du type 3000x2000, ce qui augure des résultats qu’on obtiendra bientôt
avec des appareils de la génération 4 Mégapixels.
Liste des liens intéressants :
Egroup "Birds-pix"
"Souvenirs
ailés" par Yves Leduc
Albums
photopoint par Laurence Poh
Digiscoping & Digital Birding
par Stéphane Moniotte
Nomatica.com
Digital shopping.com
Steve
Sanders's reviews
Phil Askey's reviews
D'avantage de liens ici
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