Hommage du doyen
à l'occasion de l'éméritat du Professeur Baudouin Maldague



C'est évidemment avec une émotion toute particulière que je prends la parole aujourd'hui.

Je suis heureux de pouvoir dans ma fonction de doyen rendre hommage à un compagnon de route à peine mon aîné dont la carrière a été et reste exemplaire.

Je suis ému en évoquant des souvenirs personnels.

Baudouin, nous avons eu une chance extraordinaire : nous avons vécu un rêve. Rappelle-toi la salle 5 en 1965. Les mobiles récupérés aux surplus de l'armée américaine et l'odeur âcre des bacs de fixateurs. Que de chemin, jusqu'à ce trois Tesla dans son Bunker…

Pierre Lacroix avait par ses recherches et son petit livre fondateur porté le nom de Louvain au firmament du monde scientifique mais la pratique clinique n'avait pas suivi. Nos spécialités étaient à cette époque « balbutiantes » : le public allait à Paris pour subir une arthroplastie acrylique, à Liège ou à Namur pour se faire examiner les ménisques du genou. Le dynamisme de nos jeunes patrons et la foi des adjoints que nous fûmes ont été récompensés. Je n'oublierai jamais le jour où pour la première fois un patient «international» a préféré se faire radiographier et puis opérer à l'UCL. Nous avions gagné notre pari. La consécration t'est venue le jour où tu as été fait membre d'honneur de la Société Française de Radiologie après avoir présidé le GETROA.

Baudouin Maldague est issu d'une illustre lignée louvaniste : Louis Maldague , son père avait cumulé les chaires de médecine interne et de pédiatrie. Il avait été doyen de la Faculté en 1933. Baudouin n'a que 10 ans au moment du décès de son père. Comme l'écrit Richard Bruynoghe dans la Revue médicale de Louvain quand il évoque la carrière de Louis Maldague : « En récompense de son travail et de son dévouement, il avait le bonheur d'avoir une famille nombreuse très unie. Ses enfants sont intelligents et travailleurs comme leur père et l'adorable épouse de cette famille faisait le bonheur de son mari et de ses enfants ». Fort heureusement, Madame Maldague vécu en bonne santé de longues années après le décès de son mari.

Rhétoricien à 17 ans et demi, médecin à 24 ans, Baudouin se destine d'abord à la médecine interne que pratiquait son père. Observant le rôle croissant de la radiologie, il bifurque vers cette discipline en plein essor, dans laquelle il est agréé spécialiste en 1970.

Ayant durant ses stages rejoint l'équipe que rassemblait le Pr Pierre Bodart à Herent, Baudouin Maldague est séduit par ce maître qu'il ne quittera plus durant un long parcours hospitalo-universitaire commun qui, en l'espace de 20 ans, les amènera successivement d'Herent à Louvain, puis à Woluwe.

Ce n'est pas par hasard que son intérêt et ses recherches vont s'orienter de manière déterminante vers la radiologie ostéoarticulaire. L'environnement était favorable : la vision dynamique du tissu osseux qu'avait Pierre Lacroix a marqué ses successeurs dont Antoine Dhem et André Vincent. L'équipe ostéoarticulaire de l'UCL s'est à cette époque enrichie de jeune collaborateurs entre autre sous l'impulsion de Charles Nagant de Deuxchaisnes qui revenait de Boston avec une vision nouvelle des ostéopathies métaboliques.

Jacky Malghem qui sera son compagnon de tous les jours apparaît dès les années '70.

Entre les équipes d'orthopédie, de rhumatologie et d'anatomie pathologique et les deux radiologues va s'installer une collaboration exceptionnellement fertile, tant au plan clinique que scientifique. Baudouin est l'inventeur de cette méthode d'observation originale qui grâce à la confrontation de la clinique, des observations opératoires et de l'anatomie pathologique portera les fruits que l'on connaît.

Ses études débutent autour de la nécrose de la tête fémorale : phénomène mécanique ou infarctus ? Ils expliquent clairement l'interférence de plusieurs mécanismes étiologiques et démembrera ultérieurement les phénomènes réversibles de la pathologie aboutissant inéluctablement à la destruction de la tête fémorale. Ses travaux ont été poursuivis avec le succès que l'on sait par Bruno Vande Berg et puis Frédéric Lecouvet.

Dans la foulée, Baudouin Maldague répondra par l'affirmative à l'ancienne question que se posait de Sèze et qui est restée des années sans réponse « le syndrome de Kummel Verneuil existe-t-il ? » démontrant par des épreuves dynamiques l'apparition d'air au sein de corps vertébraux collabés.

Parallèlement et dans la lignée de Ficat, il a affiné l'observation des cartilages articulaires et des autres structures du genou, devenant l'apôtre de l'arthrographie opaque. Ses observations originales lui ont permis de décrire de nouvelles incidences et ont assis la notoriété des deux M (B.Maldague et J.Malghem) de l'autre côté de l'Atlantique…dès 1976

L'observation longitudinale de colonnes de jeunes sportifs leur ont permis de décrire l'anisocorie vertébrale qui porte leur nom…

Il revient à d'autres que moi de célébrer la carrière clinique de Baudouin Maldague : en 1989 il succède à Pierre Bodart, et assume pendant 15 ans les fonctions de Chef de service et de Chef de département d'imagerie médicale avec comme priorité de garantir aux patients les meilleurs prestations d'imagerie tout en offrant aux membres du service les meilleures conditions de travail et d'épanouissement.

Comme Maître de stages et Président du DES, il coordonne la formation spécialisée de plus de 150 radiologues UCL, et est membre de la Commission d'agrément des spécialistes en radiodiagnostic.

B Maldague suscite en 2001 la création du Consilium Radiologicum, organe rassemblant des mandataires de la Société Royale Belge de Radiologie, de l'Union professionnelle des Radiologues et des Commissions d'agrément. Cet organe bicommunautaire est aujourd'hui un interlocuteur important des instances politiques pour tout ce qui concerne l'imagerie médicale.

Grâce à vos voix, Baudouin Maldague a récemment élargi son horizon : depuis mai 2006 il siège au Conseil de l'Ordre des médecins du Brabant francophone.

Cette réunion a amené à Bruxelles de nombreux amis et élèves. Leur présence honore notre Faculté dont les couleurs ont été portées bien haut par Baudouin Maldague, Jacky Malghem et leur équipe que je remercie encore.

J.-J. Rombouts,

Doyen