III. HYGIENE DE L'ENVIRONNEMENT
A. Entretien ménager
S'il est relativement aisé de poser les bonnes indications et de
définir les bons procédés en matière de stérilisation
p.ex., les limites des exigences deviennent plus floues au fur et à
mesure où on s'écarte de cet absolu : c'est le cas typique
du nettoyage général de l'hôpital appelé communément
"entretien ménager".
Certaines études suggèrent qu'il pourrait ne pas y avoir de
différence significative du taux d'infections nosocomiales dans des
services entretenus avec un détergent seul par rapport à ceux
nettoyés au moyen d'un détergent désinfectant.
Par ailleurs, en dehors des salles d'opération et des zones à
haut risque, ainsi que des chambres d'isolement septique ou locaux hébergeant des malades infectés ou colonisés par des germes particulièrement virulents et résitants tels les MRSA et Clostridium difficile, on ne peut pas, de manière évidente, démontrer
que l'environnement général (surfaces) soit une source importante
d'infections hospitalières.
Faut-il désinfecter ?
Quel degré d'élimination de germes faut-il atteindre ?
Suffit-il de nettoyer ?
Comment et avec quoi nettoyer et/ou désinfecter ?
1. Justification de l'entretien
Outre les souillures multiples dues aux diverses activités et à
l'ensemble de la population hospitalière (personnel, visiteurs, patients
...), l'hôpital est soumis à une pollution systématique
et automatique du milieu ambiant par des germes pathogènes provenant
de malades non isolés. Leurs flores personnelles recèlent
un nombre important de germes qui sont potentiellement pathogènes
et susceptibles de se multiplier en dehors de l'organisme.
Les germes sont véhiculés par des poussières (fibres,
textiles, ...). Ainsi, comme les infections hospitalières peuvent
être causées par de la poussière contaminée par
des germes, le but de l'entretien ménager consiste naturellement
à éliminer la poussière et les saletés chargées
de germes indésirables pour éviter leur dissémination
par contact.
Devenir des germes de l'air
Ce devenir peut être considéré à un double point
de vue :
la sédimentation spontanée;
la survie.
a. La sédimentation spontanée
Lorsqu'expérimentalement une culture bactérienne est pulvérisée
et diffusée dans l'atmosphère d'une pièce fermée,
divers travaux ont montré que le nuage bactérien ainsi produit
sédimentait assez rapidement en l'absence de turbulence aérienne.
La courbe de densité des germes dans l'air décroît régulièrement
et devient négligeable en 4 à 5 heures.
Les germes sédimentés se retrouvent d'ailleurs sur les surfaces
horizontales de la pièce, sol, tables, sièges, literie ou
instruments.
Il en va différemment lorsque l'air de la pièce est agité,
par l'ouverture de fenêtres ou surtout par les mouvements des personnes
présentes. Courants d'air, mouvements, remettent les germes en suspension
et entravent leur sédimentation. Il en est de même à
l'extérieur des édifices, où le vent peut entraîner,
comme cela a été démontré, les germes à
des distances parfois considérables. Ces situations sont potentiellement
exploitables pour la guerre bactériologique.
b. La survie
La survie des germes dans l'air dépend de plusieurs facteurs, parmi
lesquels il faut compter la température, la lumière (l'ensoleillement).
Mais le principal d'entre eux est le degré d'hydratation de l'atmosphère;
et l'humidité est très favorable à la survie. Des germes
placés sur des lames de verre périssent rapidement (en 2 heures
environ) en air sec; les mêmes survivent bien plus longtemps à
l'humidité. Ainsi les eaux stagnantes représentent une source
durable de bactéries susceptibles de contaminer l'air ambiant. Les
fines gouttelettes liquides émises par l'homme transportent aisément
les germes vivants.
A l'inverse, la brumisation de gouttelettes entraîne, comme la pluie,
la chute rapide des poussières et des germes aériens par un
simple processus physique.
Certaines espèces survivent longtemps, d'autres au contraire périssent
rapidement.
Les courbes de la figure montrent la survie moyenne de 3 espèces
microbiennes courantes dans l'air. On remarquera que les bacilles gram négatif
périssent rapidement, mais que le staphylocoque est beaucoup plus
durable.
Après 2 h, de 100 germes il reste 5 colibacilles, 50 pyocyaniques,
75 staphylocoques.
Des staphylocoques dorés (MRSA y compris) peuvent survivre plus de 6 mois à la dessiccation.
Où trouve-t-on ces germes en prenant comme exemple : une
chambre de malade ?
Le plafond d'une chambre de malade ne révèle généralement
pas la présence de bactéries. On en trouve peu sur les murs.
Ce n'est que dans la mesure où ceux-ci sont souillés par des
éclaboussures de sang, de pus, par des empreintes digitales que des
germes peuvent survivre.
La grande majorité des bactéries, quelque 95 %, se trouve
sur les surfaces horizontales de la chambre d'hôpital, en premier
lieu sur le sol.
En effet, les bactéries en provenance d'un patient ne survivront
que dans la mesure où elles sont protégées par des
influences atmosphériques.
Cette protection leur est assurée lorsqu'elles s'agglutinent en petits
groupes sur des matières organiques, par exemple sur des pellicules
de sang ou de pus déssèchés, ou sur des gouttelettes
de salive expectorées en parlant ou en toussant.
Après un certain temps, toutes ces particules, en fonction de leur
grandeur et au gré des courants d'air dans la chambre, sédimenteront
sur le sol. Quoique les particules les plus petites continuent à
flotter, et que le moindre mouvement d'air les empêchent de se poser
sur le sol, les bactéries de ces particules mourront plus rapidement
par manque de protection.
Ainsi, 95 % de la flore bactérienne de la chambre
se trouve-t-elle sur les éléments de poussière les plus
grands, qui se sont déposés au sol.
Il s'agit donc bien de nettoyer avant tout le sol et les surfaces horizontales
souillées par les diverses manipulations, ainsi que, bien sûr,
les installations sanitaires qui, humides et souillées, peuvent rapidement
devenir des réservoirs de germes.
2. Principes et méthodes d'entretien
Les germes qui sont sur le sol ne doivent pas être, par l'acte du
nettoyage, remis en suspension dans l'air. Il est donc strictement admis
actuellement que le balayage à sec est une erreur dans les
milieux hospitaliers. Il en va de même pour l'utilisation de l'aspirateur
à poussière.
En effet, lorsque l'aspirateur est mis en marche, il y a souvent un déplacement
d'air qui fait que les poussières chargées des germes peuvent
être remises en suspension dans l'air.
On n'utilise donc pas l'aspirateur à poussière pour le nettoyage
des locaux hospitaliers et il reste donc que le nettoyage humide est
le seul valable.
Cette règle générale peut cependant souffrir quelques
exceptions.
En effet, dans certains secteurs comme la dermatologie par exemple, où
le nombre de pellicules de desquamation cutanées est élevé,
il peut être utile de disposer d'un aspirateur à poussière,
mais de toute manière, il ne peut s'agir d'un aspirateur ménager.
Il faut un aspirateur spécialement conçu pour usage dans les
hôpitaux :
- L'aspirateur ne peut laisser échapper les germes aspirés.
Il faut donc qu'il existe deux couches de matériel filtrant en amont
du mécanisme d'aspiration.
- Ces filtres doivent être séparés l'un de l'autre de
façon telle que s'il y a une défaillance du premier filtre,
elle peut être corrigée par le second.
- L'aspirateur doit être conçu de telle manière que
la poussière soit récoltée dans un sac à usage
unique.
- Le sac collecteur doit être renouvelé chaque jour pour éviter
qu'il n'éclate par remplissage excessif.
- Le sac collecteur, au moment de l'enlèvement, doit pouvoir être
fermé sans dissémination de la poussière, jeté
immédiatement et de préférence incinéré.
Il ne peut être réutilisé.
- L'échappement de l'aspirateur doit être situé de telle
manière que l'air expulsé soit bien diffusé afin qu'il
ne se crée pas un tourbillon d'air derrière l'aspirateur qui
soulèverait toute la poussière déposée sur le
sol.
Ainsi :
* le balayage à sec est à proscrire parce qu'il remet dans
l'atmosphère toute la poussière chargée de germes qui
a sédimenté;
* l'usage des aspirateurs doit être exceptionnel et lorsque c'est
indiqué, il faut utiliser des aspirateurs spécialement conçus
pour l'usage hospitalier;
* la technique de base, seule recommandable, est le nettoyage humide, mais
à une condition essentielle, c'est que le liquide et le matériel
de nettoyage ne servent pas eux-mêmes de transporteurs de germes d'un
local à l'autre.
N.B. Le balayage "hygiénique", parfois appelé improprement
"balayage humide", au moyen de non-tissés préimprégnés
n'est acceptable que comme phase préparatoire au nettoyage humide.
En matière de produits de nettoyage, certains auteurs affirment aujourd'hui
que l'emploi de désinfectants est inutile et occasionne des frais
supplémentaires.
Ils se basent sur l'observation que 2 h après le nettoyage, le nombre
de germes présents sur le sol, qui proviennent essentiellement des
occupants du local, s'est reconstitué et se maintient en plateau
par l'équilibre qui s'établit entre la production de germes
et leur diminution spontanée .
Le nettoyage seul permet une réduction de 80 % des germes, le nettoyage
avec un désinfectant permet une réduction atteignant 95 à
99 %.
Cette réduction supplémentaire de 20 % est à ce point
transitoire qu'elle leur apparaît injustifiée.
Ils en concluent que :
Pour réduire la hauteur du plateau, il faudrait :
* ou bien réduire le nombre d'occupants dans le local,
* ou bien augmenter la fréquence des nettoyages.
Pour réduire le niveau de 50 %, il faudrait nettoyer toutes les heures,
ce qui est évidemment exclu !
Il est clair que ce qui précède ne se produit que lorsqu'un
local est occupé de façon continue.
En matière de matériel de nettoyage, tout le monde s'accorde
à dire :
* que le matériel ne doit pas être ou devenir source de contamination
* que la méthode d'entretien adoptée doit tenir compte de
ce risque.
* que le rythme d'entretien doit être adapté au degré
de souillures et de contamination ainsi qu'au niveau de propreté
nécessaire pour l'activité que l'on y exerce.
En pratique : l'hôpital peut être divisé en trois secteurs
:
les zones de type administratif, non contaminées
par des germes pathogènes, où l'usage des désinfectants
est bien entendu inutile;
les zones d'hébergement des malades : pour lesquelles
on peut s'interroger sur l'opportunité d'utiliser un désinfectant,
sauf cas particuliers d'infection par germes multirésistants;
les zones à haut risque (comme les salles d'opération,
soins intensifs, ...) où on admet généralement que
l'emploi de produits de nettoyage ayant des qualités désinfectantes
n'est pas à mettre en cause. Il ne l'est pas davantage dans les zones
ayant hébergé des malades infectés. On parle ici de
"bionettoyage".
Examinons l'opportunité d'utiliser des désinfectants ou non
dans des zones qui hébergent des malades.
Précisons en outre que l'industrie met à notre disposition
des produits ayant la double propriété de détergent et de
désinfectant.
Il est évident qu'il faut recourir à des produits ayant ces
deux propriétés et qu'il doit être exclu de considérer
que le nettoyage soit suivi, dans un deuxième temps par l'application
d'un désinfectant, ce qui aurait pour conséquence de doubler
le temps de travail.
Le produit utilisé doit en outre répondre à d'autres
critères tels que :
- la compatibilité avec l'eau dure,
- le maintien de son activité en présence de protéines,
- une activité à la fois vis-à-vis des germes Gram +
et Gram - trouvés dans l'environnement hospitalier,
- l'innocuité du produit pour l'homme; idéalement, le produit
doit être inodore, non agressif sur la peau, non allergène,
non cancérigène, non toxique systématique et non toxique
par résorption cutanée ou muqueuse. (Un produit volatil dont
l'évaporation produit une agression des muqueuses oculaires en particulier
n'est pas souhaitable).
Il est opportun que le produit ajouté à l'eau de nettoyage,
soit conditionné en emballage unitaire, évitant ainsi tout
gaspillage de produit et permettant une dilution exacte. La seule économie
théorique réalisable proviendrait essentiellement de la différence
de coût entre un détergent délivré en dose unitaire
et un "détergent désinfectant".
Ayant étudié cette différence pour quelques produits,
on peut en effet affirmer qu'il y a effectivement un coût supplémentaire
lié à l'emploi du désinfectant mais ce faible coût
est compensé :
- par la possibilité de recourir à une méthode simple
évitant le risque de véhiculer les germes d'un local à
l'autre, car le procédé inclut son élément de
sécurité;
- par la destruction des germes résistants à la dessication
et aux conditions d'environnement (ex. Staphylocoque doré, Clostridium
difficile);
- par la mise à l'abri d'erreur du personnel souvent peu ou pas qualifié.
Le recours à une méthode où l'action de nettoyage est
associée à une désinfection utilisant un seul produit,
permet en effet d'accepter que cette fonction de nettoyage soit exercée
par du personnel peu ou non qualifié, subissant un court apprentissage.
Il permet d'obtenir un niveau élevé d'hygiène sans
risque de contamination croisée entre locaux hébergeant les
malades.
Nous estimons que ce facteur de sécurité se trouve pleinement
justifié; ce n'est pas pour abaisser le niveau de contamination des
surfaces que nous préconisons cette méthode, c'est pour se
mettre à l'abri d'un transport de germes hospitaliers d'un endroit
à l'autre de l'environnement et pour obtenir, au moins journellement,
un environnement de malade dépourvu de tout germe pathogène.
Il est aussi important de limiter le nombre de désinfectants employés
dans une institution hospitalière, car si ces désinfectants
sont nombreux, ils risquent d'être confondus ou utilisés de
manière incorrecte par le personnel qui n'est pas toujours orienté
au point de vue chimique. Il faut donc choisir soigneusement un désinfectant
détergent, en déterminer le taux de dilution et insister sur
le fait que cette dilution doit être pratiquée avant l'emploi
pour éviter la coagulation des albumines.
Le choix du matériel d'entretien doit être orienté dans
le souci constant de ne pas mettre à la disposition du personnel
d'entretien des matières facilement contaminées et non décontaminables.
Ainsi, on préfèrera des manches et support en matière
synthétique ou en métal, facilement désinfectées,
et les textiles seront à usage unique ou parfaitement lavés
et désinfectés après usage, le moyen de choix étant
le lessivage et le sèchage.
Dans l'hypothèse d'utilisation des machines autolaveuses, on veille
lors de leur acquisition à ce que les cuves supportent les désinfectants.
Une méthode bien connue d'entretien des chambre comporte les étapes
suivantes :
- le trempage dans une solution détergentedésinfectante du
nombre de textiles correspondant au nombre de locaux à traiter,
- l'essorage de ces textiles,
- éventuellement, si nécessaire, le balayage hygiénique
du local,
- le nettoyage humide de la chambre,
- le changement de textile entre chaque chambre
- l'élimination et le lessivage des textiles.
Cette méthode évite de contaminer la solution de nettoyage.
Rappelons que dans une unité de soins :
* le nettoyage des chambres se fait de préférence le matin
après la réfection des lits, car on sait que cette opération
entraîne la mise en suspension d'un grand nombre de germes et de poussières
de textiles qu'il faut laisser sédimenter;
* de plus, on commence en début de journée par les locaux
dits "propres" pour nettoyer en fin d'activité les locaux
dits "sales"; de même dans un même local, on commence
par la zone propre (chambre) pour terminer par la zone sale (cabinet de
toilette).
3. Fréquence du nettoyage
Le nettoyage et la désinfection des locaux et du matériel
ne revêt pas partout la même importance.
Au même titre que l'on a délimité des zones où
utiliser les désinfectants, on peut utiliser cette classification
de locaux dans lesquels les risques de contamination sont voisins, et où
les moyens et les fréquences d'entretien seront similaires.
On distingue donc :
a. Zones à haut risque : (où il faut nécessairement
utiliser un détergent-désinfectant)
- quartier opératoire
- quartier d'accouchement
- soins intensifs
- néonatologie
- service d'hémodialyse rénale
- service des brûlés
- service où des malades sont traités par des immunosuppresseurs
* en cardiologie
* en hématologie (y compris les isolements protecteurs)
* en transplantation
à l'inverse : les chambres de malades infectés.
b. Zones à moyen risque :
- unités de soins normales :
- chirurgie
- médecine
- maternité
- pédiatrie ...
- services médico-techniques
c. Zones à faible risque :
où il faut distinguer celles où se pratiquent une activité
médicale : consultations, salles d'attente ...
et celles qui sont du type administratif :
* couloirs
* administration
Nous en arrivons ainsi à titre exemplatif à dresser plus ou
moins un calendrier de l'entretien ménager, comme indiqué
dans le tableau ci-après.
4. Désinfection terminale
Ce terme de désinfection terminale de locaux, sous-entendant d'ailleurs
désinfection par évaporation de formol dans le local concerné,
date d'une époque où les voies de transmission des maladies
infectieuses étaient mal connues et peu maîtrisées,
où la ventilation contrôlée des secteurs aseptiques
était inexistante et où les méthodes d'entretien ménager
étaient livrées au hasard.
Actuellement, on peut affirmer qu'en dehors du quartier opératoire
et des secteurs de soins aux malades immuno-déprimés, l'air
a peu de conséquences néfastes : les maladies aéroportées
sont en régression, du fait des précautions d'hygiène,
des vaccins et des antibiotiques. Les surinfections hospitalières
sont dues aux contacts septiques sans que l'air ne serve de véhicule.
Pour certains locaux par contre les préjudices dus à des atmosphères
très contaminées peuvent être grands, mais les remèdes
sont connus : propreté des locaux et filtration de l'air. Il ne faudrait
donc plus parler de désinfection de l'air, mais s'assurer seulement
que les procédés utilisés sont efficaces sur les surfaces,
ce qui assure déjà une bonne prévention du risque infectieux.
Ceci revient à dire :
- que l'utilisation d'appareils destinés à la désinfection
de l'air par évaporation, brumisation ou aérolisation de formol
ou dérivés ou substituts du formol, n'ont plus, actuellement,
leur place comme moyen courant et fréquent de désinfection
à l'hôpital;
- que tout l'effort doit être porté sur le nettoyage, voire
la désinfection selon la zone hospitalière, régulier,
systématique et standardisé;
- qu'après l'utilisation d'un local pour un acte médico-technique
particulièrement contaminant ou après le séjour d'un
patient, en particulier un patient infecté, le local ou la chambre
doivent être particulièrement bien nettoyés et désinfectés.
La méthode est celle de l'entretien ménager courant, mais
améliorée par le fait de l'absence d'occupation et donc la
possibilité d'en améliorer la qualité.
- que la formolisation doit être réservée à des
usages exceptionnels, et dans ce cas réalisée dans toutes
les règles de l'art, sans recours aux substituts.
La formolisation peut être indiquée après hébergement
de cas tels que :
- tuberculose pulmonaire ouverte
- charbon
- rage
Notons que la formolisation peut être indiquée avant hébergement
d'un patient :
- en neutropénie profonde
- candidat à une greffe de moelle
5. Qui assure l'entretien ménager dans l'hôpital ?
Il existe trois systèmes possibles :
- l'entretien confié à une firme extérieure,
- l'entretien par le personnel du service,
- l'entretien par une équipe centrale appartenant à l'hôpital
lui-même.
a. L'entretien confié à une firme extérieure
:
- l'avantage du contrat avec une entreprise est évidemment qu'il
libère l'administration de l'hôpital du souci que représente
l'organisation de l'entretien ménager.
Avec une entreprise, le personnel ne fait que du travail de nettoyage, travail
dont on peut aisément contrôler l'exécution.
- du point de vue budgétaire, après une mise en concurrence
régulière entre diverses entreprises, il reste à inscrire
une ligne au budget de l'établissement. C'est à l'entreprise
de s'arranger pour disposer du personnel et du matériel nécessaires
au service.
- si maintenant, nous envisageons la compétence, il est certain qu'une
entreprise importante, ayant de nombreux contrats, peut se tenir au courant
des innovations et des nouvelles méthodes et peut beaucoup mieux
que des non-spécialisés choisir tel ou tel matériau,
ou produit de nettoyage qui lui convient le mieux.
Voilà la médaille côté avers, elle a son revers.
Les inconvénients de cette méthode sont les suivants :
- Elle peut introduire dans l'hôpital un personnel qui est étranger
à ses cadres, un personnel souvent mobile, changeant, que l'entreprise
elle-même ne connaît pas toujours très bien.
Et cela est si vrai que dans les contrats, certains hôpitaux mettent
à part les chambres des malades, se contentant de confier à
l'entreprise les locaux communs, cours, couloirs, escaliers.
- Par ailleurs, comme toute entreprise, celle-ci est soumise à la
loi de la rentabilité et du profit. Elle peut donc être amenée
à préférer un appareil ou un produit dont le rendement
est supérieur, à un appareil ou à un produit assurant
une hygiène plus parfaite.
Il nous paraît donc que, confier l'entretien ménager à
une firme extérieure, est une solution de facilité, une solution
de fuite de responsabilité des administrations hospitalières
qui doivent savoir que l'entretien ménager, effectué correctement
est un des éléments de base dans le maintien de l'hygiène
hospitalière et doit répondre à des exigences sévères.
N.B. Si on recourt à une firme extérieure, il est nécessaire
d'élaborer un cahier des charges détaillé reprenant
avec précision le matériel utilisé, les produits d'entretien,
les méthodes de travail, la fréquence ...
b. L'entretien par le personnel du service
Le cas est encore bien fréquent où c'est l'infirmière
chef de l'unité de soins qui dispose d'une équipe de personnel
parmi lequel figure le personnel d'entretien.
Les grands inconvénients d'un tel système sont les suivants
:
- les infirmières ne sont pas formées fondamentalement pour
indiquer les méthodes de nettoyage les mieux adaptées;
- le travail se fera selon des procédés fort variables d'une
unité à l'autre;
- les équipes ne bénéficieront pas des innovations
récentes dans le domaine du nettoyage;
- le personnel soignant, par sa motivation même, accorde une priorité
de surveillance aux soins au détriment de la surveillance et du temps
consacrés au personnel d'entretien.
c. L'entretien par une équipe centrale de l'hôpital
L'entretien nécessite en moyenne l'engagement d'une personne par
750 à 850 m2 de surface et vu le nombre de personnes nécessaires,
il se justifie d'établir une organisation, une hiérarchie.
Il faut remarquer que le travail d'entretien régulier, qu'il soit
quotidien ou hebdomadaire, est bien le travail hospitalier dont le planning
est le plus simple et dont le contrôle qualité est le plus
facile.
Il est donc relativement aisé de dresser le tableau des effectifs
nécessaires pour qu'un hôpital reste propre.
Ajoutons, avantage non négligeable, que c'est au cours de cet entretien
ménager effectué par une équipe hospitalière,
que sont remarqués les différents accidents matériels
inévitables dans la vie de l'hôpital, par exemple pour parler
de la chambre, la dalle qui se décolle, le produit qui a souillé
le mur, le robinet qui fuit, le siège du W.C. qui est cassé,
l'ampoule électrique qui ne fonctionne plus ...
Il apparaît que l'équipe d'entretien dont ce serait le devoir
de signaler quotidiennement, inlassablement, les défaillances serait
la plus efficace pour relever tous les points qui nécessitent une
maintenance. Il apparaît que le contact entre le responsable de l'entretien
et l'ingénieur de maintenance serait plus valable que tout autre
système.
Il ne faut cependant pas envisager ce service central de l'hôpital
sans une certaine décentralisation et c'est la formule que nous préconisons.
L'entretien des locaux est confié à de petites équipes
de deux ou trois femmes de chambres ou nettoyeurs attachés à
une unité de soins ou à un secteur déterminé.
Les activités de plusieurs unités de soins ou plusieurs secteurs
hospitaliers sont coordonnés par une gouvernante.
Dans les grands hôpitaux, les activités des gouvernantes sont
elles-mêmes coordonnées par une gouvernante en chef ou gouvernante
générale qui veille au bon entretien de tout l'hôpital.
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B. Air
L'air contient toujours un nombre élevé de germes portés
par des particules de poussière :
- 200 à 700 germes par m3 dans des locaux normaux;
- < 200 germes par m3 dans une salle d'opération
normale;
- 0-10 germes par m3 dans une salle d'opération dont
l'air a été traité spécialement
Sauf au quartier opératoire et dans les unités aseptiques,
la transmission d'infections par l'air revêt une moindre importance
que la transmission par voie de contact. On estime que les infections nosocomiales causées par une contamination bactérienne de l'air ne représentent que 5 ˆ 10 %
La transmission aérogène peut survenir dans les conditions
suivantes :
a) par inhalation de gouttelettes de salive projetées
de personne à personne
* maladies infantiles
* tuberculose pulmonaire
Prévention : port de masque
b) par inhalation de gouttelettes d'eau aérosolisées
dans l'air par un humidificateur à froid.
Prévention : utiliser un humidificateur assurant une production
lente de
vapeur
c) par inhalation de gouttelettes d'eau infectées
(p.ex. pyocyanique)
* aérosols
* nébulisateurs (ultrasoniques)
* respirateurs
Prévention :
- usage d'eau stérile conditionnée stérilement
- changement des tubes des respirateurs toutes les 48 h
d) par inhalation d'air humidifié et contaminé
par Legionella lors de l'humidification dans le conditionnement d'air.
Prévention : humidification de l'air du conditionnement
d'air par vapeur
e) par inhalation de gouttelettes de l'eau chaude sanitaire
(< 5 µ) au niveau des douches et lavabos (Legionella)
Prévention :
- chloration élevée de l'eau (3 à 5 ppm Cl) - risque
de corrosion des tuyauteries
- élévation de la température (> 60° C
- 25 minutes : 70° C dans le réservoir)
- éviter de la stagnation d'eau dans les échangeurs de chaleur
- éviter des "bras morts"
- ultra violets combinés à une unité d'électrolyse
libérant des ions d'argent (30 %) et de cuivre (70 %)
N.B.:
1) Contrôle de l'eau chaude sanitaire 3 à 4 fois par
an.
Il n'y a pas de "norme ou seuil tolérable" pour la contamination de l'eau chaude.
Il existe une norme pour l'eau des tours de refroidissement où on
accepte 1.000 germes/litre.
Au-delà de 10.000 germes/litre, des actions doivent être entreprises.
On peut momentanément adapter les mêmes normes pour l'eau chau
de (p.ex. : ne pas dépasser 10.000 germes/litre).
2) Dans les épidémies par Legionella chez des individus sains,
la cause fut en général la contamination de l'air conditionné
par son humidification au moyen d'eau contaminée.
A l'hôpital, en général, une infection à Legionella
ne survient que chez des malades immuno-déprimés (greffes,
leucémies ...) et est due à la contamination par de l'eau
chaude. Le sérogroupe 1 paraît peut-être plus virulent
que le sérogroupe 6 et les autres sérogroupes.
f) par remise en suspension de germes qui ont sédimenté
sur le sol ou contaminent la literie (ex. réfection d'un lit).
Prévention :
- technique correcte de réfection de lits
- nettoyage humide
- proscrire :
* nettoyage à sec
* aspirateurs
g) contamination de l'air par des germes peu virulents
en général, mais qui atteignent des malades immuno-déprimés
(aspergillose).
Dans les locaux hospitaliers, les germes en suspension dans l'air sont principalement
d'origine humaine.
On distingue :
* gouttelettes de salive tombent dans un périmètre de 1,5
m
* poussières + squames cutanées sédimentent de 30 cm
par min.
* droplet nucléi ne sédimentent pas.
Comme dit plus haut, dans un local, 2 h après le nettoyage, il s'établit
un équilibre entre la réduction spontanée des germes
et la production humaine par les occupants du local.
Air des salles d'opération
La sédimentation des germes et leur production par l'homme jouent
un rôle primordial en salle d'opération, où les tissus
stériles sont exposés à l'air ambiant et où
les germes sédimentent dans la plaie, comme une pluie de particules.
Il est actuellement démontré que plus il y a de particules
dans l'air, plus le nombre d'infections tardives de plaies est élevé.
Un individu libère et projette dans l'atmosphère entre 1.000
et 10.000 germes par minute, avec de grandes variations individuelles.
(Ce nombre est plus élevé après une douche : il est
donc déconseillé de prendre une douche avant d'opérer).
Soit une salle d'opération avec 5 personnes présentes, émettant
5.000 germes/min.
En 1h, il se libère 5.000 x 5 x 60 = 1.500.000 germes (qui sédimentent
de 30 cm par min.).
Une salle d'opération a un volume de 120 m3(40 m2 x 3 m de haut).
Il s'ensuit que sans ventilation et sans sédimentation, il y aurait
12.500 germes/m3 (1.500.000 : 120).
Par la ventilation, en supposant 15 renouvellements d'air par heure, le
taux s'abaisse à 833/m3 (si le nombre était de 5 renouvellements,
on aurait 2.500/m3).
Par sédimentation, on épure en plus 40 m3 en 3,3 minutes (pour
sédimenter de 1 m de haut, il faut 3,3 minutes et il y a 40 m2 de
surface), ou 120 m3 en 10 minutes; ce qui revient à six épurations
supplémentaires en 1 heure (6 x 10 min.)
Il reste 138 germes
(si il n'y a seulement que 5 renouvellements, ily aura ± 420 germes/m3)
Le taux de contamination d'une salle d'opération normale, ventilée
à 15 r/h, se situe en effet à < 200 germes/m3.
On peut aussi calculer le nombre de germes qui sédimentent dans une
plaie en 1 h.
Soit la production de 1.500.000 germes par heure.
Les 15 r/h réduisent la contamination à 100.000 germes qui
se déposent sur une surface de 40 m2, soit 2.500 germes/m2 en 1 h.
Une plaie de laparotomie mesure 30 x 10 = 300 cm2.
En 1 h, il s'y dépose (2.500 x 300)/10.000 = 75 germes/h, 150 en
2 h, ...
Il est aisé de comprendre - par ce simple fait - que le nombre d'infections
postopératoires de plaies propres double toutes les heures.
Le taux s'élève en effet à 1.5 % pour les interventions
propres qui durent 1 h, 3 % si elle durent 2 h, 4.5 % si elles durent 3
h.
Pour certaines interventions, on ne peut pas admettre un tel taux d'infections
postopératoires, parce qu'une infection met la vie du malade en péril,
alors que l'affection pour laquelle on opère vise à la réhabilitation
et à éviter la douleur (ex. arthroplastie de hanche).
Il faut donc absolument éviter une contamination par l'air et le
nombre de germes ne peut dépasser 10/m3 - si possible
il doit être stérile.
Pour ce faire, 2 techniques sont mises en oeuvre :
1. emploi du flux laminaire vertical avec filtre absolu et un débit
d'air 0,5 m/sec
Soit 3 x 3 m et 3 m de haut
0,5 m/sec = 6 sec (3 m haut et 0,5 sec) par volume, soit en 1 h = 3.600
s ou 600 r/heure.
N.B. La cellule de Charnley fournit une vitesse de 30 cm/sec, soit 360 r/h.
L'air y est stérile.
2. Port de heaume et blouse imperméable ventilée :
--> confort
--> élimination des particules émises par l'homme.
La démonstration de ce qui précède a été
apportée grâce à l'étude réalisée
en Grande-Bretagne par LIDWELL O.M. et al. [Brit. Med. Journal, 285 (Jul 3) : 10 - 14 (1982)].
Elle a été réalisée dans 19 hôpitaux entre
1975 et 1980; elle porte sur un total voisin de 8.000 arthroplasties de
hanche exécutées sous diverses conditions :
- dans des salles d'opérations ventilées de façon conventionnelle
- dans des salles d'opérations avec flux laminaire horizontal
- dans des salles d'opérations avec flux laminaire vertical avec
et sans paroi
- avec et sans antibioprophylaxie de protection peropératoire.
Le taux de contamination de l'air figure dans le tableau ci-dessous.
N.B. :
1. Il existe un parallélisme entre le nombre de germes obtenus lors
du lavage de la plaie en fin d'intervention et le nombre de germes dans
l'air.
2. Pour la réduction du nombre de germes dans l'air (et en définitive
dans la plaie en fonction de ce qui précède) :
a) le flux laminaire vertical est plus efficace que le flux laminaire horizontal;
b) le flux laminaire vertical doté de parois est plus efficace que
sans parois;
c) les vêtements imperméables (VENTILE) avec extraction de
l'air réduisent la contamination de l'air par un facteur 3 dans une
salle conventionnelle et par un facteur 5 dans une enceinte à flux
unidirectionnel vertical avec paroi.
La combinaison du flux laminaire de préférence vertical (FL),
d'antibiothérapie peropératoire (A), de blouses imperméables
ventilées avec heaume (BV), peut réduire les infections profondes
tardives de 3,4 à 0,2 % selon le schéma ci-dessous.
La stratégie la plus efficace consiste à suivre les étapes
suivantes :
1. administration d'antibiotique adéquat
2. emploi d'une enceinte à flux unidirectionnel vertical avec parois
3. emploi de vêtements imperméables ventilés.
Pour atteindre économiquement le niveau le plus élevé
de coût/efficacité en appliquant simultanément ces 3
mesures, il faut pratiquer de l'ordre de 200 interventions par an.
On peut en déduire que, pour arriver au coût le plus bas avec
le maximum de sécurité pour prévenir l'infection des
arthroplasties de hanche, celles-ci devraient être pratiquées
dans :
- des centres adéquatement équipés, disposant d'une
enceinte à flux unidirectionnel vertical
- des centres où le nombre d'interventions atteint ou dépasse
200 par an.
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