Numéro 11

Les malades imaginés.
La tache brune de Rhadidja, la fleur d'argent de Violaine.

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Marrakech, 1928. Pierre Costals découvre sur le pouce de Rhadidja, petite prostituée marocaine, une tache brunâtre entourée d'un cerne plus clair : elle renifle sans cesse et a saigné du nez. Elle a consulté le marabout puis le médecin français ; ce dernier, après avoir fait analyser le mucus nasal, lui a recommandé de ne laisser personne utiliser ses couverts et va lui faire des piqûres d'huile de Chaulmoogra. A cette époque, la lèpre était encore fréquente en Afrique du Nord.

Par défi, Costals ne prend pas de précaution : "c'est un risque comme les autres que j'ai pris : je suis verni." Le médecin qu'il consulte malgré tout quelques jours plus tard le rassure : la maladie de Hansen est faiblement contagieuse. La période d'incubation étant de plusieurs années, Costals n'y pense plus.

Deux mois plus tard, en se lavant les mains, il remarque une tache à l'avant-bras : la peau décolorée est entourée d'un halo brunâtre, l'image en miroir de la lésion de la Marocaine. Montherlant (1) va décrire les pensées de Costals, écrivain à succès, cynique et égoïste. Sa première réflexion "Lorsque je serai en trop mauvais état ou que je souffrirai trop, je me tuerai." Il songe au revolver, cette arme que Montherlant utilisera lui-même pour se suicider. Ensuite, il plastronne : cette mort annoncée est un nouvel élément dans la vie, qui perdra en durée mais peut gagner en richesse : il économisera son temps pour achever son œuvre d'écrivain, sa vie sera centrée sur l'essentiel. La lèpre a bien frappé les rois, les papes et les conquistadors ; il se voit portant une tunique avec un cœur peint, comme les ladres du Moyen-Age. Il songe à écrire un roman sur la lèpre. Un moment il est tenté par l'idée criminelle de contaminer les autres.

A l'hôpital de Marrakech, le médecin l'examine, teste la sensibilité cutanée et ne se prononce pas. La période d'incubation serait étonnamment courte, mais le contact pourrait avoir été plus ancien, Rhadidja ayant été la partenaire de Costals lors de précédents séjours au Maroc. Le médecin conseille de consulter dans la métropole.

Costals traverse une période "d'anéantissement". "Comment accueillir avec sérénité de cesser de jouir de ce monde ? Ceux qui veulent mourir "bien" sont des détraqués."

Sur le bateau qui le ramène en France, il s'observe et s'inquiète : il éternue, est-ce un rhume ou le coryza de la lèpre ? Un doigt devient insensible, mais c'est parce qu'il s'est accroché au bastingage par gros temps. Il pense au christianisme de son enfance et songe à se retirer dans un couvent : "le froc recouvrirait les ulcères". Des pensées lamentables se succèdent chez cet intellectuel décadent, à la fois lâche et mesquin. Il veut jouir de la vie et pense épouser une femme qui l'aime, mais qu'il méprise … En fin de compte, le spécialiste parisien consulté le rassure : c'est un lichen plan "Vous êtes un grand imaginatif : vous êtes bâti à chaux et à sable !" …

La lèpre est également le ressort dramatique de "L'annonce faite à Marie" de Claudel (2), mais ici le but n'est pas de décrire les affres d'une personnalité médiocre, mais d'exalter le miracle de la foi et de la charité. Violaine contracte le mal par un baiser "innocent" à Pierre de Craon, le bâtisseur de cathédrale. Alors que Violaine traîne une vie misérable, isolée, aveugle, rejetée, des miracles s'accomplissent, Pierre de Craon guérit et Violaine ressuscite le bébé de sa méchante sœur Mara. Pour Costals, probablement porte-parole de Montherlant, la pièce de Claudel est le faux chef d'œuvre d'un faux génie.

Dans le Lévitique (3) (chapitres 13 et 14) le Seigneur parle de la lèpre à Moise et Aaron. Il décrit les taches de couleurs diverses, tantôt pustule, tantôt blancheur luisante, prescrit les mesures d'isolement et conseille de brûler les vêtements, de raser les corps, de sacrifier des agneaux et des tourterelles et de racler les murailles.

Dans l'antiquité, la lèpre appelée éléphantiasis fut souvent confondue avec d'autres maladies de la peau. Les soldats d'Alexandre le Grand auraient rapporté la lèpre des Indes où elle existait depuis le VIème siècle avant Jésus-Christ. On a retrouvé des lésions osseuses spécifiques sur des momies égyptiennes et péruviennes.

Au Moyen Age, la lèpre fut importée en Europe par les Croisades et les invasions sarrasines. Les lépreux étaient mis hors du siècle, après qu'on ait chanté pour eux l'office des morts. Leur bien était partagé entre leurs héritiers, ils ne pouvaient pas se marier, ni boire aux sources et fontaines …Ils vivaient dans la solitude, facilement reconnaissables avec un manteau gris, portant un cœur sur la poitrine, un chapeau noir garni d'un cordon blanc, un long bâton avec lequel ils pouvaient toucher les objets, un baril d'eau et une cliquette, une crécelle ou une cloche pour signaler leur présence.

Au XVIème siècle, Ambroise Paré (4) décrit longuement la lèpre, maladie contagieuse et mortelle. Pour lui, les causes en sont l'hérédité (introduction au ventre de la mère), le climat (séjour en lieu maritime où l'air est épais et nébuleux) et les contacts (haleine, rapport sexuel, vaisselle). Ambroise Paré évoque les lépreux : peau rude et inégale comme celle d'un éléphant, front plissé comme un lion, regard fixe, yeux rouges, voix rauque, langue noire et enflée. Les troubles de sensibilité étaient bien connus : "Je les ai piqués d'une assez grosse et longue épingle … Ils ne sentaient rien bien que j'aie poussé l'aiguille fort avant."

L'attitude vis-à-vis des lépreux n'a guère changé depuis le Moyen Age : "Ils doivent être isolés, mais il faut le faire "aimablement, ayant en mémoire qu'ils sont semblables à nous". Ce qui n'exclut pour Ambroise Paré la cliquette et le baril et aussi le conseil de les châtrer "pour les muer en "température" féminine et éviter ainsi la propagation, car ils brûlent du désir de dame Vénus, et pour en perdre la progéniture". Cette attitude va changer avec l'action caritative des Chevaliers de Malte dont le grand maître devait être lui-même lépreux, du père Damien et de Raoul Follereau, fondateur de la fédération internationale des associations de lutte contre la lèpre.

Dans son roman "A burnt-out case" dont l'action se situe dans l'ex Congo belge, Graham Greene décrit une léproserie dirigée par un médecin belge qui rêve à des outils adaptés à chaque mutilation pour les patients "guéris" mais infirmes ("burnt-out cases"). Ce médecin décrit les "léprophiles" que "le docteur Schweitzer attirait" et qui ne prenaient aucune précaution et préféraient "laver les pieds des lépreux avec leurs cheveux comme la femme de l'Evangile, plutôt qu'avec un produit plus antiseptique". (5) Graham Greene a rencontré au Congo le docteur Michel Lechat, professeur émérite de notre Université, et lui a dédicacé son roman.

Les découvertes et les progrès se succèdent : histopathologie (Virchov 1869), bacille de Hansen (1873), efficacité des sulfones (1941), chirurgie réparatrice (1950) Rifampycine et polychimiothérapie (1981).

En Centre Afrique, il y a encore aujourd'hui des millions de cas (voir tableau); comme pour beaucoup de maladies répandues dans le tiers monde, l'éradication est possible, mais l'argent et la volonté réelle manquent.

Au début de l'épidémie de Sida, par méconnaissance des modes de contamination, il y eut un risque de traiter les patients comme les lépreux du Moyen Age ; certains même ont parlé de punition divine. Heureusement, aujourd'hui l'on est mieux informé et la réaction vis-à-vis des patients malades du Sida est plus humaine. L'homme serait-il malgré tout devenu un peu meilleur ?
 
Références bibliographiques.


1. Montherlant. Les lépreuses (1939)

2. Paul Claudel. L'annonce faite à Marie (1912)
3. Lévitique. Chapitres 13 et 14
4. Ambroise Paré. La lèpre (1580)
5. Graham Greene. A burntt out case (1960)
 
 
Un site intéressant à propos de la lèpre : Keith and Ruth Skillicorn : The challenge of leprosy

Rencontre avec Graham Greene au Centre de l'Afrique. Par le professeur Michel Lechat.
A l'occasion du décès de Graham Greene en 1991, Michel Lechat a écrit dans "The Bulletin", périodique de langue anglaise publié à Bruxelles, quelques pages évoquant sa rencontre avec l'auteur de la "Puissance et la Gloire", à Yonda en 1959. Avec l'autorisation de Michel Lechat, en voici quelques extraits traduits de l'anglais.

C'était en 1959. Le Zaïre n'existait pas encore. Un jour Graham Greene débarqua à Yonda, l'établissement pour lépreux dont j'étais le médecin … La visite à Yonda avait été arrangée par l'intermédiaire d'un ami commun. Je n'avais rien fait pour l'attirer. Après avoir reçu une lettre de cet ami, j'avais passé un dimanche à préparer un grand tableau décrivant deux douzaines d'endroits en Afrique qui à mon avis convenaient mieux que Yonda pour le recevoir et permettre la conception d'un roman …

Une semaine plus tard, un message me parvenait : "Je viens chez vous". Ainsi il vint et tout se passa très bien. Les pères lui trouvèrent une chambre contenant un lavabo avec broc, bassin et verre, une chaise, un lit étroit sous une moustiquaire et une bouteille d'eau bouillie sur le sol. Le Père Supérieur l'accompagna dans la chambre et vérifia le contenu de la cruche. "L'eau vous paraîtra très brune" dit-il "mais elle est propre". Il souleva le couvercle du porte-savon pour s'assurer que le savon n'avait pas été oublié : il y avait une brique orange neuve. "La bouée de sauvetage" (1) dit fièrement le supérieur (A burnt-out case, part one, chap. 1).

La vie se poursuivit sans encombres. On a beaucoup parlé de l'ennui de Greene et parfois de son état dépressif : en fait, il a avoué en 1986 que son dernier épisode dépressif, le pire, coïncidait avec la composition de "A burnt-out case", très probablement le résultat de deux ans de cohabitation avec son personnage Querry, figure centrale du livre, profondément dépressif.

A Yonda, sa force principale était sa capacité de créer des habitudes régulières. Il suivait son propre chemin et organisait les choses. Chaque matin, il descendait la prairie vers le fleuve, s'asseyait dans une vieille pirogue et lisait jusqu'à ce que la chaleur devienne insupportable. Parfois, il me rejoignait au dispensaire.

Les pères de leur côté vaquaient à leurs occupations, conduisant les camions, préparant le ciment, s'occupant des générateurs tout en enseignant, en prêchant et distribuant des bonbons aux enfants. J 'avais mes propres occupations. Parfois nos habitudes chevauchaient … lors des repas, du repos avant le dîner sur la véranda chez les pères ou de soirées à la maison avec ma femme et les enfants.

Personne ne posait de questions, chacun avait sa tâche. Si l'on y songe, ceci est très remarquable. Nous aurions dû nous tenir sur la défensive, exposés à un observateur si formidable et qui préparait peut-être un livre, bien qu'il ne manquât jamais de dire que le roman n'avançait pas bien et que le livre avorterait avant même d'avoir débuté. Je suis certain qu'à l'époque c'était vrai. Personne ne s'en souciait. Il était l'opposé d'un journaliste et inspirait une grande confiance.

Cette confiance n'était pas mal placée. Cela s'expliquait autant que j'en puisse juger par sa parfaite intégration à toute routine et quelqu'inhabituelle que soit la situation (et peut-être mieux encore lorsque la situation était inhabituelle).

Greene ne regardait jamais les gens comme s'il s'agissait de papillons ou de cafards. Il s'intégrait à la vie quotidienne. Ce que dans le roman Querry s'efforçait de faire, mais pour Querry cela demandait un effort particulier. C'est pourquoi il serait futile de décoder les personnages dans "A burnt-out case". Comme Greene l'écrit dans la préface qui m'est adressée: "Ce serait perdre son temps que de tenter d'identifier Querry, les Ryckers, Parkinson, Père Thomas. Les personnages sont formés à partir "des épaves de 30 ans de travail de romancier". Je ne suis certainement pas le docteur Colin ou si je le suis, je suis aussi Querry, Rycker ou eux tous. Marie-Françoise Allain, la critique française, compare la sagacité de Greene à un "don de medium". Il creuse dans ce que les gens auraient pu être et pourraient devenir à différentes époques, dans différentes circonstances. Le Père Supérieur dans "A burnt-out case" illustre de manière frappante la perception de Marie-Françoise Allain. C'est un personnage inconsistant, une pièce innocente du décor qui ne voit pas la différence entre un bidet et un bain de pieds (une anecdote authentique). Dans le roman, il est amené à faire des remarques caustiques, en passant, que personne n'attendrait de lui : Père Thomas jeûnant à la mort de Querry. Pourtant, quelques années plus tard, il devient archevêque, prouvant ainsi qu'il était plus proche du caractère robuste et assuré qu'il montre dans le roman que du prêtre laconique qu'il était pendant les années à la léproserie lorsque Greene le rencontra.

Des situations réelles sont utilisées dans le livre. Je puis en retrouver certaines, dont l'une en particulier que je trouve assez comique. Un dimanche, nous avons été en visite chez un vieux vétérinaire, ancien administrateur colonial devenu planteur. Une maison primitive bâtie sur une petite péninsule à l'extrémité d'un lac, une épouse charmante … beaucoup plus jeune que lui, de beaux enfants … Dans l'environnement colonial, il était parfaitement normal de parcourir 200 Km par un dimanche torride et vide pour dire bonjour et rester à déjeuner.

Je présente Mr Graham (je n'utilisais jamais son nom complet). Lorsqu'elle eut apporté une bouteille de bière, l'épouse regarde Greene, paraissant un peu agitée. Elle se tourne vers moi, puis vers Graham : "Mais vous êtes … n'êtes vous pas ?" Elle s'adresse à son mari : "Tu sais, c'est …". Le vieux vétérinaire ne se trouble pas. Un personnage gentil, très ouvert, mais plus préoccupé de la croissance des grains de café que des écrivains. Il n'avait probablement jamais entendu parler de Greene, de la "Puissance et la Gloire", du "Rocher de Brighton" et d'autres bagatelles de la sorte. Mais soudain il fixe Greene, sans voix : "Mais vous avez été en couverture de Paris Match n'est-ce pas ?" Un des enfants est envoyé dans la chambre à coucher pour fouiller dans les anciens numéros de Paris Match. Notre hôte avait la collection complète depuis 15 ans "pour les enfants, au collège".

On ouvre une boîte d'Escargots de Bourgogne et on les place dans des coquilles vides. C'était un grand luxe. Au Congo, les coquilles d'escargots faisaient partie de l'équipement fourni aux employés coloniaux (j'avais les mêmes à utiliser si le gouverneur venait à passer). Et pour accompagner les escargots, plutôt caoutchouteux, une bouteille de Médoc. Cet épisode apparaît dans le roman.

En fait, dans "A burnt-out case", le décor naturel est très bien rendu : la forêt, les bruits, l'odeur, la chaleur, toute l'atmosphère. Voyez cette citation du Congo Journal : "Les grands arbres avec leurs racines telles les arceaux d'un navire. Leurs troncs s'inclinent quelque peu de ci de là donnant l'apparence d'une vie reptilienne. Des aigrettes comme des taches de neige arctique parmi le bétail couleur café. Le large fleuve Congo s'écoulant à la vitesse des autos sur les grands ponts de New York à l'heure de pointe. Les choses n'ont pas changé depuis l'époque de Conrad." La référence à Conrad m'a surpris. Yonda est bien entendu "The heart of Darkness", la ligne d'ombre. Capitaine de navire sur le fleuve, Conrad avait piloté son bateau le "Roi des Belges" sur le Congo et était passé devant Yonda. Klein, un agent commercial et son compagnon de voyage, qui comme Kurtz allait devenir le héros de "The Heart of Darkness", est enterré en aval de Yonda.

Greene envisageait de s'enfoncer dans la province de l'Equateur. Une réelle expédition, même à cette époque : je négociais avec l'évêque pour qu'il prête son bateau épiscopal qui ressemblait à un petit vapeur à aube du Mississipi avec une proue du 19ème siècle, et un sérieux besoin de peinture ("A burnt-out case, partie I, chap. 1).

A l'époque nous étions, ma femme et moi, des lecteurs avides de Conrad. Je ne parlais jamais littérature ou religion avec Greene, mais je mentionnai une fois Conrad et j'eus aussitôt le sentiment d'avoir fait un faux pas. J'appris des années plus tard que le livre qu'il lisait dans la pirogue était précisément "Heart of Darkness", peut-être comme une sorte d'exorcisme.

Bien entendu, il y a partout des Parkinson (journaliste dans "A burnt-out case") qui ont le don de renifler les choses. Monsieur Graham devient bientôt Monsieur Greene. La principale nuisance, c'était les gens qui voulaient avoir son opinion sur quelque manuscrit conservé dans un tiroir. Le nombre d'individus qui dans la solitude d'une ville coloniale ont des romans en mal d'éditeur est un sujet d'étonnement. Ils s'amenaient habituellement après 5 heures, simplement pour boire une bière. Notre scénario était prêt et bien rodé. Dès qu'une voiture était repérée au détour de la route s'engageant dans la longue allée de palmiers, Graham rentrait à la maison, sautait par la fenêtre de sa chambre et de là dans la forêt par "un sentier raboteux qui partait derrière la classe et conduisait à ce que les géographes auraient pu appeler le centre de l'Afrique" (A burnt-out case, part 1, chap. 2).

Telle était la vie à Yonda, pour nous tous; il faisait partie du groupe. Chacun faisait son travail, le sien c'était d'écrire un roman. Quelques éminents lèprologues lui ont reproché d'avoir choisi la lèpre comme toile de fond. La publication du livre a suscité une controverse mesquine et m'a causé pas mal de petits ennuis. "Le Dieu de Querry n'est pas le Dieu chrétien. Ce roman causera douleur et angoisse. Pour cette raison, il aurait mieux valu qu'il n'eut pas été écrit."

C'est là un grave malentendu. Pour autant qu'il soit traité avec respect, ce qui est le cas ici, un romancier a le droit de choisir tout sujet qui lui convient. La lèpre fait partie de la vie comme la guerre, la corruption, les espérances perdues, la haine et l'amour. Il n'y a pas de territoire réservé aux généraux à la retraite, aux moralistes, aux psychanalystes ou aux conseillers sexuels, pas plus que la lèpre n'est le domaine exclusif du léprologue.

Pendant ce temps, les pères et les sœurs à Yonda continuaient à traiter les patients. Aucun commentaire après la publication de "A burnt-out case" comme aucune question ne fut posée quand Greene était là. Le livre, je le suppose, a dû rejoindre les quelques romans policiers et le stock de journaux missionnaires sur le buffet couleur chocolat dans la salle commune des pères. Ils ne l'ont probablement pas lu. Certains d'entre eux sont morts, d'autres continuent leur besogne accoutumée.

Prof. Michel Lechat

  1. "Life buoy" était à l'époque la marque de savon populaire dans toute l'Afrique. Graham Greene fait un jeu de mot : cette savonnette est la seule chose à laquelle Querry va se raccrocher dans sa solitude.