|
|
| Salut ! Comment ça va
? Ca va, merci, et toi ? Souvenirs d'hôpital. (1) Paul Maskens, diacre |
Retour au sommaire
|
Paul Maskens, publicitaire de métier et diacre permanent, a écrit un livre très original imaginant le procès de Judas Iscariote et se positionnant comme son avocat (2). Dans le texte ci-après, il raconte avec humour son séjour en chirurgie cardiaque. D’abord un hurlement. Puissant. Terrible. Il se rapproche. Ceux qui attendent devant les cabines marquées ‘rayons X’ d’être radiographiés, écoutent sans rien dire. Ingambes, alités ou, comme moi, dans un fauteuil roulant, tous à l’affut de ce cri qui résonne dans nos souffrances et nos inquiétudes. Le papa marche à grands pas rapides. La maman trottine à ses côtés. C’est le garçonnet - 7 ou 8 ans -, fermement tenu par son père, qui hurle en se débattant de toutes ses forces. Il se raidit, s’arque, frappe des poings. Le couple s’éloigne. Des portes s’ouvrent, se referment. On ne les entend plus. Nous respirons. Oh, ce ne sera pas grave. Habitué des lieux, j’ai bien vu qu’on le conduisait à la scintigraphie. On lui fera boire un breuvage de mauvais gout, puis attendre. Enfin le sangler sur le dos pendant que l’énorme scanner, avançant, reculant, lui tournera autour. Pas grave, mais terrifiant pour un garçonnet non préparé. On dispose de lui pour le faire souffrir. (Oui, je sais bien que c’est pour son bien ! Il n’empêche, pour lui c’est l’horreur.) Il y a toujours un garçonnet qui hurle en moi, malgré mes soixante-cinq ans. Cette fois-ci, pour ma seconde opération à cœur ouvert, je savais ce qui m’attendait. J’avais fortifié ma volonté. C’était inéluctable. Cette valve mitrale se sténosait de plus en plus. Il fallait la remplacer par une prothèse. En outre, un caillot dans une coronaire exigeait un pontage. C’était la seule issue. J’en étais bien conscient. Et pourtant, au fond de moi hurlait un garçonnet, pleurant d’effroi, non, non, que cela me soit épargné ! Mais à mon âge, le garçonnet doit se taire. Le contraire ferait désordre. L’opération A ce qu’on m’en a dit, l’opération très délicate — il s’agissait de ne pas déranger la prothèse aortique déjà en place depuis neuf ans — a duré longtemps. J’ai été endormi vers huit heures du matin et je sortais « recousu » vers 18 heures. J’admire ces équipes chirurgicales ! Et le chirurgien spécialiste du cœur est pour moi un mystère. Un surhomme ? Un mutant ? Un extra-terrestre ? D’où lui vient ce calme, cette maitrise ? Cette indispensable ascèse ? En parle-t-il à quelqu’un ? A-t-il un guide spirituel à qui se confier : ‘Hier j’ai failli commettre une faute, je m’en veux terriblement !’ ou bien ‘J’ai paniqué un moment car j’ai cru que ma main tremblait.’ Enfin des choses comme ça. J’imagine. Un guide spirituel qui lui rappellerait qu’il est comme le scalpel de Dieu sur terre. En tous cas, l’allié de Dieu dans son combat contre la souffrance. Dieu a besoin des hommes. Dans le combat que Dieu mène contre le mal, la souffrance, les équipes soignantes sont ses troupes d’élite. A-t-il quelqu’un pour le lui dire ? Ce que vous faites au moindre d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites. Ce mardi 25 mai-là, le moindre d’entre les miens c’était moi. Autre mystère. Tous mes centres nerveux déconnectés l’un après l’autre. Ne ressentant plus rien. Totalement disponible. Totalement offert. Ils peuvent tout me faire. Comme une hostie dans un ciboire. L’enfer L’enfer c’est le réveil et le séjour en salle de soins intensifs. Je suis une boule de douleur. Drains et sondes me sortent de partout. Par eux s’égoutte ma souffrance. Lumière tamisée ou pas de lumière ? Je ne sais plus, mais lieu sans fenêtres. Deux infirmiers circulent sans bruit, toujours proches. « J’ai soif ! » « Vous ne pourrez pas boire avant deux jours, mais voici un bâtonnet pour vous humidifier les lèvres. » Au bout du bâtonnet comme un peu d’ouate citronnée. « J’ai mal, ne pourrait-on enlever ces drains ? » « Il faut d’abord que vos intestins se réveillent. » « J’ai mal ! » « Voici la pompe à morphine, si vous avez trop mal, appuyez sur le bouton. Autant de fois que vous le désirez.» Je clique. Le moins souvent possible. Ça ne marche pas : la morphine me donne le mal de mer. « Avez-vous du Primpéran ? » Ils ont dû m’en mettre car ça va mieux. La seconde équipe composée d’infirmières est moins présente. Depuis mon enfance, toutes mes maladies m’ont conduit à mettre au point une technique anti-douleur personnelle. Je gémis (ou muse) doucement au rythme de ma respiration en gardant, si possible, la même note. On parvient ainsi à irradier tout le cortex cervical, ce qui atténue la souffrance. Mais lorsque je mis cette technique en œuvre, une voix acerbe me signifia : « Taisez-vous ! Ce n’est pas agréable pour votre voisine. ». Je compris ainsi que j’avais une voisine et ce me parût la moindre courtoisie de ne pas la déranger. Elle devait avoir assez avec sa propre souffrance. Le temps Les heures s’égrènent lentement. Un chapelet de secondes qu’on extrait, grain après grain, comme un drain, de vos tripes. Einstein avait raison : tout est relatif. Pour moi, ici, le temps n’arrêtait pas de prendre son temps. Pas moyen de dormir car de manière irrégulière mais rapprochée un « TAC ! » énorme résonnait. C’était l’arrivée des pneumatiques. Un système certes pratique mais, oh combien, bruyant ! Allongé, immobile, j’avais par chance une horloge dans mon champ de vision. Je jouais avec elle. « Tant qu’il n’est pas minuit, on ne peut parler de nuit » me disais-je. Puis, je fermais les yeux, essayant d’évaluer l’écoulement du temps. « Après quelques temps, je rouvrais les yeux et regardais l’heure, m’imaginant qu’il était au moins 12h30. Hélas, quelques minutes à peine étaient passées et l’horloge n’avait pas encore atteint minuit. » Ainsi de suite, « Une heure ! C’est à peine le début du creux de la nuit », « Deux heures ! Voilà le nadir de la nuit », « Trois heures ! Heure idiote dont on ne peut rien dire », « Quatre heure ! Il y a comme un frémissement d’espérance », « Cinq heure ! En ce mois de juin, quelque part dans le monde des bien portants, l’aurore aux doigts de rose doit être en train de caresser les monts du bord de Meuse », « Six heures ! Là, franchement, des machines doivent déjà se mettre en marche dans cet hôpital », « Sept heures ! Ça bouge. La nuit est vaincue. » Et, de fait, vers sept heures et demie, des pas se font entendre. On va, on vient. On va s’occuper de moi. On va m’enlever les drains. Les trois premiers drains Il fallait que mon ventre gargouillât. Ce que constata un stéthoscope. On s’affairait à mes côtés. Incapable de voir — il faudra quelques jours avant que je puisse incliner la tête — je sens qu’on me tient aux bras. « Vous allez inspirez puis bloquer votre respiration, d’accord ? » Cela ne demandait pas de réponse. « Attention ! Inspirez, inspirez, bloquez, bloquez ! » La tête et les omoplates appuyées sur la table d’opération, le ventre part vers le haut pendant qu’on lui arrache le premier drain. Idem pour les deux suivants. La douleur ? Forte et brève. On se reproche de ne pas avoir mémorisé la liste des jurons favoris du capitaine Haddock car c’est maintenant que les « Tchouk-tchouk-nougat ! Ectoplasme ! » et autres « Emplâtre ! » seraient venus à point. Mais on ne leur en veut pas car les trois drains qu’ils vous ont consciencieusement arrachés signifient que la remontée en chambre approche. Ils vous placent encore une entrée centrale (lisez un trou dans le cou avec un tuyau dedans) qui requiert deux points de suture ! Douleur, oui, mais on a connu pire. «Marins d’eau douce ! Bachi-Bouzouks ! Troglodytes ! Cannibales ! Moules à gaufres ! » (3) La montée en chambre Et, de fait, un lit est avancé. A quatre, avec l’aide d’une passerelle, ils vous transbordent de la table au lit. Tout mouvement fait mal. Arrive un brancardier jovial et costaud (il appartient au monde des bien portants !), on accroche au lit tous les baxters et tous les flacons qui font partie de vous et en avant. Adieu, l’enfer ! L’ascenseur. Au second, couloir et en chambre. Numéro 226. Les épouses Monique m’y attend déjà. Qui chantera le los des épouses de cardiaques ? Qui proclamera leur dithyrambe ? A côté de leur mari, rougeaud et enrobé, elles portent son bagage. Elles disposent ses vêtements dans l’armoire et son nécessaire de toilette sur l’étagère du lavabo. Elles le rassurent. A la porte de la salle d’opération, elles patientent entourées de leurs enfants. Inquiètes de voir sortir leur homme dans un si pitoyable état, elles espèrent un mot du chirurgien. Demain, elles apporteront les fruits, les friandises et les autres désirs de leur malade. On se demande qui « encaisse » le plus ? Les infirmières et le lavement des pieds Comme les soigneurs du sportif, les infirmières sont à vos côtés dans votre remontée vers la santé. Expertes, diligentes, sympathiques et quasi maternelles, elles s’activent à vous prodiguer les soins que requiert votre état. « Je vais vous mettre une paire de bas pour éviter la phlébite, Monsieur ». Et hop ! Voici mes jambes gainées de blanc jusqu’aux plis de l’aine. C’est inattendu. Un peu ambigu, mais tout compte fait assez élégant. (4) « Je viens vous enlever votre sonde vésicale, Monsieur ». J’ignore ce dont il s’agit. Elle pas, car, sans attendre ma permission, elle me retire un long macaroni en caoutchouc du zizi. La chère âme ! Depuis longtemps je fais partie d’un lobby imaginaire qui souhaite voir l’Église rétablir le lavement des pieds comme huitième sacrement. L’évangile de Jean est très clair à ce sujet : « Faites-le vous aussi ! » (5) . Or, chaque matin, infirmières ou aides-soignantes ôtaient les bas de tous leurs patients et leur lavaient les jambes (avec savon et tout). J’étais émerveillé. Voilà, me disais-je, c’est ici que ce sacrement est encore célébré. Je décidai donc de dissoudre mon lobby imaginaire : que ce ministère évangélique ne soit pas enlevé aux infirmières. Mon premier voisin de chambre A peine dans « ma » chambre, incapable de bouger ; je vois arriver une assistante sociale. Elle tire le rideau qui sépare les deux patients et interroge mon voisin : « Monsieur Boulanger (6), savez vous où vous êtes ? » Réponse : « Hum bulum, blem ». « Monsieur Boulanger, pourriez-vous répéter les quatre mots que je vous ai cités il y a un instant ? » Non, il ne peut pas. Au fil du dialogue, je comprends que mon voisin ajoute à sa maladie cardiaque un sérieux handicap mental. Ce qui n’est pas pour me rassurer. Plusieurs fois, il s’assied au bord de son lit exprimant sa ferme intention de rentrer chez lui. Il évoque aussi l’entrée en libérateurs des soldats américains dans son village et son intention de régler son compte à qui sait bien pourquoi. Devant ce comportement dangereux, les infirmières décidèrent de le protéger de lui-même en l’attachant pour la nuit à son lit. Ne sachant où il était, il a pleuré jusqu’au matin à petits reniflements discrets. Lorsque l’infirmière du jour se présenta pour les soins, il était furibard. Il poussa un tonitruant « Sortez !». Elle en avait les larmes aux yeux. « C’est un bordel ici, gueulait-il, il n’y a que des femmes ! ». (7) La conclusion me semblait hâtive. D’autant plus que l’équipe comportait un excellent infirmier. En outre, je sais bien des lieux où les femmes sont très majoritaires sans qu’il s’agisse pour autant d’un bordel . Pris d’un accès de rage, il envoya valdinguer l’étui de sa savonnette qui alla se fracasser au mur de la chambre. Grâce à Dieu j’avais déjà pu construire mon image de « bon patient » auprès des infirmières. J’ai donc pris mon air le plus craintif et murmuré à l’une d’elle quelque chose comme « Ne cours-je aucun danger ? » Bien joué, Paul ! A peine cinq minutes d’écoulées et l’on vient chercher mon lit (avec moi dessus) et toutes mes affaires pour me déménager deux chambres plus loin. Le pied quoi ! Une chambre encore vide. Côté fenêtre, avec vue imprenable sur la vallée de la Meuse. Notez que les infirmières avaient bien fait car j’appris le lendemain que M. Boulanger (8) avait arraché sa perfusion et baignait dans une flaque de sang quand on le retrouva. Devinez qui a nettoyé tout ça, calmé le malade, l’a remis dans un lit propre et replacé la perfusion ? Mon second voisin Une chambre à deux ne reste jamais longtemps vide. Le matin du second jour dans « ma » nouvelle chambre (9), voici que « remonte » des soins intensifs un prêtre de 75 ans. Oui, dans cet hôpital on a le tact de mettre le clergé ensemble. Ainsi déjà pendant les quinze jours durant lesquels j’avais subi des examens préparatoires à l’opération, j’ai eu l’avantage de dormir avec un père Rédemptoriste de 80 ans. « Union de prière ! » me disait-il lorsqu’on m’emportait pour la coronarographie. Habituellement, un voisin est une bonne occasion de faire connaissance, de s’entraider mutuellement pour des petites choses : « pourriez-vous me passer l’urinal, s’il vous plait ? Je vous remercie », …etc. Mais le nouveau venu présentait cette particularité qu’il n’arrêtait pas de gémir haut et fort. Pendant deux jours et deux nuits les deux chambres contigües et moi, nous n’avons quasiment pas dormi en raison des « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ! » (10) et des « Pardon Seigneur ! » qu’il poussait sans arrêt d’une voix théâtrale. J’avais repéré l’armoire où était rangées les pannes pour notre chambre et, bien que d’un naturel pacifique, j’avoue avoir été pris du désir de lui rentrer la tête dans les côtes à coup de panne. Il suait abondamment et réclamait l’ouverture de la fenêtre. Je grelottais sous mon drap. A son ordre, sa sœur avait acheté un énorme ventilateur. Ce devait être un article bon marché (certainement pas un « Maitre-Achat ») car son moteur émettait un crépitant bruit de crècerelle asthmatique interdisant tout sommeil autre que le sien. J’enfilais mon peignoir et je tuais le temps dans le parloir où trônait un excellent téléviseur. Jusqu’à tomber de sommeil. La prochaine fois, ce qu’à Dieu ne plaise, j’exigerai la compagnie d’un athée bon teint. La famille et les amis J’ai la chance de ne pas être un personnage important. Dès lors, nul n’était « obligé » de me manifester la moindre attention. C’est dire que toutes les visites, tous les coups de téléphones, toutes les cartes de vœux, les mots d’encouragement, étaient de véritables signes d’affection. Mes enfants, mes frères et sœurs, mes parents et de nombreux amis m’ont téléphoné, écrit quelques lignes ou rendu visite. Je pensais « Mon Dieu, il a fait tant de kilomètres pour venir jusqu’ici ! » ou encore « Comment a-t-il trouvé le temps de m’écrire, de me téléphoner alors qu’il a tant d’autres choses bien plus importantes à faire ? » En trébuchant, Monique s’était mal reçue et on dû plâtrer son bras droit. Elle ne savait plus conduire sa voiture. Son fils, sa fille, des amis, une voisine l’ont transportée ici et là. Un vieil ami lui a servi de chauffeur pendant tout un jour tandis que sa femme s’était chargée de laver et de repasser un de mes pyjamas ! Comment leur dire ma reconnaissance ? Cyrus avait raison : la vraie richesse d’un homme ce sont ses amis. Le kiné Dans un bon hôpital universitaire, tous les aspects de votre renaissance sont pris en compte. C’est ainsi que je reçus la visite d’une diététicienne belle comme une fresque égyptienne. Papillonnant des cils, elle m’expliqua longuement ce que j’aurai à manger après mon retour à la maison. Elle me remit une vingtaine de pages d’aliments conseillés. C’était un peu avant la crise de la dioxine. Vint ensuite une jeune psychologue qui me demanda comment j’allais (11) . C’est un tic anxiogène de tous les soignants, du grand patron à la dernière aide-soignante. Ils vous demandent comment vous allez, alors que c’est justement la question que nous leur posons : « Docteur, dites-moi comment je vais ». Quant à la psy, je lui ai fait un exposé sur la difficulté d’être psychologue en milieu hospitalier tant que les médecins d’un côté et les infirmières de l’autre n’accepteront pas de déballer avec elle les paquets de nœuds engendrés par leur profession. Elle avait le genou fort beau. Par contre, celui qui m’a vraiment rendu service, c’est le kinésithérapeute. On a tant mal à la poitrine qu’on respire petit pour ne rien déranger. Or c’est exactement ça qu’il ne faut pas faire. Avec douceur et fermeté, le kiné m’apprit à me forcer pour retrouver l’art de se remplir les poumons à fond. Je lui en suis très reconnaissant. Sémantique Lorsque l’assistant soulève un coin du pansement qui va de la base de votre cou au dessus de votre nombril et qu’il montre ce qu’il a vu au « patron », puis que tous les deux s’exclament « Belle cicatrice !» avec l’œil gourmand d’œnologues en train de mâcher un cru digne d’être millésimé, ne vous mèprenez pas. Car lorsque, rentré chez vous, avec sur votre feuille de sortie l’indication claire qu’un pansement n’est plus utile, vous vous plantez devant un miroir pour la regarder en face cette « belle » cicatrice, …c’est l’horreur ! Je me suis senti tout juste bon à figurer dans la baraque foraine des monstres à la foire du midi. Entre la femme à barbe rigolote, le nain sympathique et l’obèse jovial, j’étais la cicatrice dépressive. « Entrez, entrez, gentes dames et jolis damoiseaux ! Venez voir ce que vous n’avez jamais vu. Entrez, entrez, Messeigneurs, des visions d’apocalypse et… la cicatrice ! Pas les enfants ! » Par ailleurs, du point de vue de l’historien, j’avais sous les yeux la « trace » de ce qui m’était advenu. « Mon pauvre Paul », murmurai-je, compatissant à mon passé. La convalescence Et puis, il y a le retour à la maison. Les retrouvailles avec l’environnement familier. Tout ce qu’on a cru ne jamais plus revoir. A petits pas on revisite son domaine. Les objets n’ont pas bougé. L’horloge bat toujours au même rythme. Par contre le jardin s’est épanoui. « Bonjour mes roses de Bukavu ! » Heureusement, le petit banc est là. Je suis encore incapable d’aller loin. Monique me tient le bras. Retour au médecin traitant qui doit retirer trois fils de drains. La piqure hebdomadaire pour rétablir une fluidité constante du sang. La feuille de sortie que m’a commentée l’infirmière en chef indique : « Pas de bain avant un mois », tandis que les bas anti-phlébites « il faut les porter encore quatre semaines, jours et nuit » Monique me gâte. Petit à petit on remonte la pente comme la marée à Ostende. Souliers à la main, pantalon retroussé, on patauge dans l'eau froide. La mer semble descendre. Les vagues se retirent. Rien ne progresse. Les douleurs de la cage thoracique sont puissantes. Puis soudain, une vaguelette portée sur les épaules d’une autre exécute une avancée significative. L’eau menotte vos chevilles. La mer monte, les douleurs sont nettement moins sensibles qu’il y a trois jours. Bientôt la marée sera haute. Nous aurons les pieds saupoudrés de sable sec. Comme tout un chacun. « Salut, ça va ? » « Ça va, merci. Et toi ? »
Retour au sommaire |
|