Forum MedUCL

Liste de discussion pour les médecins diplômés de l'UCL et lieu d'échange d'informations médicales, questions posées par des collègues, etc.

 

Ci-dessous, un exemple de conversation :

 

ByPass et alcool

 

T.O. : Bonjour,

Je m'interroge face au constat suivant: dans les consultations d'alcoologie que j'effectue, il y a une surreprésentation de patients ayant subi une chirurgie de by-pass.

Certains présentaient déjà un usage à risque, voire nocif si on considère que leur obésité sévère peut être vue comme la conséquence également de l'alcoolisation chronique. D'autres présentaient une consommation à faible risque.

La rapidité et la sévérité de la dépendance interpelle également chez ces patients.

Certains documents (un papier du Jama par exemple) semblent montrer une augmentation du risque de dépendance chez ces patients bypassés.

Plusieurs questions:

- Quelles hypothèses peuvent expliquer cela ? L’absence de passage gastrique explique les effets plus rapides de l'alcool et donc la toxicité. En connaissez-vous d'autres ?

- Ce constat/lien entre by-pass et alcool a-t-il été constaté par les équipes chirurgicales multidisciplinaires ? Comment est-ce pris en compte en amont et en aval de l'intervention ?

- Y a-t-il un accord sur une recommandation à faire à un patient bypassé concernant sa consommation d'alcool?

Un grand merci pour vos contributions.

 

R.B. : L’éthylisme est une contre-indication à la chirurgie bariatrique. La consommation après la chirurgie doit être au minimum vu l'effet hypercalorique de l'alcool et le risque de dumping.

Pour l'éthylisme après chirurgie, nous on en a, mais c'est rare.

 

E. v V. : Cher confrère,

votre questionnement est bien d’actualité.

Dans les guidelines de chirurgie bariatrique, la consommation pré-op d’alcool est considérée comme une contre-indication formelle à l’intervention. Ceci est à évaluer dans le bilan préop en consultation de nutrition, en psychologie, et aussi par le chirurgien lors de sa première rencontre avec le patient. Il faut plusieurs mois d’abstinence pour autoriser l’intervention.

Le bypass est sujet aux effets de l’alcool. L’estomac restant étant constitué d’une petite poche gastrique (+/- 20 à 50 à cm 3) la métabolisation par l’alcooldéshydrogénase (présente dans l’estomac) y est moins importante.

Par ailleurs, il y a une anastomose gastrojéjunale (absence de pylore) et passage rapide dans le jéjunum (absorption plus rapide de l’alcool non-métabolisé)

Ensuite, comme les volumes alimentaires ingérés sont beaucoup moins importants, il y peu de mélange des aliments avec l’alcool permettant d’en réduire la rapidité d’absorption.

Des études ont montré que pour une même quantité d’alcool ingérée, la concentration sanguine est plus importante chez les patients bypassés que chez ceux qui ont un estomac complet ( anneau gastrique par exemple).

Dans le Sleeve gastrique, la poche gastrique, bien que réduite de 75 à 80 %, est plus importante que dans le bypass (conservation d’un  certain volume antral), le transit moins rapide et le dumping moins présent (conservation du pylore) .

Il est donc prudent de recommander aux patients opérés d’un bypass de faire attention :

- à leur consommation d’alcool en cas de conduite d’un véhicule

- au risque d’accoutumance possible

- en cas de consommation d’alcool, au risque de reprise de poids

L’importance du suivi pluridisciplinaire est plus que recommandé.

 

J-P. T. : Cher(s) Collègue(s),

 Je partage les réponses apportées par E. v V.

 La mise au point multidisciplinaire préopératoire a entre autre pour but d'exclure les patients alcooliques pour plusieurs raisons :

- risque d'échec relatif de la perte de poids lié au contenu calorique de l'alcool;

- sensibilité accrue aux effets de l'alcool en raison d'une absorption accrue;

- risque d'exacerbation de l'alcoolisme.

En effet, plusieurs études font état d'un risque accru d'addiction après chirurgie bariatrique. Il peut s'agir d'alcool mais aussi de drogues voire de jeux. Ceci suggère le plaisir qui n'est plus procuré par la prise alimentaire est recherché dans d'autres comportements (faim hédonique).

Bien à vous.

 

P. E. : Malheureusement, je suis au regret de dire que dans de nombreux centre multidisciplinaires de l'obésité, l'orientation by-pass est quasi systématiquement proposée (parfois "lourdement") et que la consultation multidisciplinaire est très légère... De plus, les patients racontent souvent n'importe quoi en minimisant leurs problèmes psy ou addictions dont , d'ailleurs, ils n'ont pas toujours conscience.  Les consultations psy entre autre avec prise en charge de la problématique poids ne sont pas systématiques : on ne devient pas gros par hasard...

Je plaide lourdement pour qu'il y  ait une demande d'avis obligatoire au généraliste qui est souvent mis devant le fait accompli.

Personnellement, j'ai empêché in extrémis 3 bypass pour raison psy ou alcool en moins d'1 an.

De plus le suivi post op, chez le MG, impliquant des bio systématiques régulières est souvent négligé par le patient qui se sent bien. Leur faire admettre que ce suivi est à vie avec prise de vitamines si pas d'IM de B12. Il faut systématiquement leur rappeler...

 

J-C. D. : Tout à fait d'accord avec le Dr E.

Et il faut tenir à l’esprit qu’on minimise souvent les problèmes ultérieurs.

J’ai personnellement eu 3 complication sévère dont une qui a nécessité de multiples opérations de "rattrapage".

 

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