Numéro 59 : Les interviews de l’AMA-UCL

Marianne Merchez et Bernard Vancraeynest : médecine, aviation, musique et humour
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Marianne Merchez et Bernard Vancraeynest ont eu des parcours hors du commun, après avoir obtenu le diplôme de docteur en médecine de l'UCL.  Ils ont créé récemment avec deux musiciens et un petit orchestre, un spectacle original, que René Magritte aurait aimé et qui n'aurait probablement pas déplu à Mozart, doué, comme le prouvent son oeuvre et particulièrement ses opéras, d'un sens aiguisé de l'humour.


René Krémer : Madame Merchez, vous êtes la fille de mon collègue et ami Marcel.  C’est sans doute son exemple et/ou son influence qui vous ont fait choisir les études de médecine ?

Marianne Merchez : A vrai dire, plusieurs types d’études m’intéressaient, mais j’ai choisi la médecine, peut-être en partie pour des raisons familiales (père et grand-père).  Ma toute première idée était l’anesthésiologie.  Dans le courant de mes études, j’ai suivi des cours de pilotage.  Quand j’avais 20, 21ans, je pilotais, comme pilote privé, de petits avions.  En quatrième doctorat, alors que tous les étudiants se demandaient quelle carrière médicale ils allaient choisir, j’ai dit avec beaucoup de conviction, «j’ai envie d’être pilote de ligne »  J’étais très heureuse des études que j’avais faites, mais voilà !  Mon rêve, c’était l’aviation.

R.K. Vous n’avez jamais pratiqué la médecine ?

M.M.  Si, comme généraliste.  Mais en même temps, je poursuivais une spécialisation en médecine aéronautique.  Dans le cas où j’aurais été refusée comme pilote, j’ai fait la médecine tropicale à Anvers.  Avant de passer l’examen d’entrée à la Sabena – qui n’est pas piqué des vers – je suis retournée dans mon ancienne école pour une année de math ; pour la physique, c’est le Père Albert Vander Stricht, ancien professeur de physique en première candi à l’UCL, qui m’a suivie avec enthousiasme.  J’ai refait avec lui tous les examens d’entrée de la Sabena de toutes les années : je lui soumettais mes réponses et il les corrigeait.  Cette préparation au concours de la Sabena m’a pris près d’un an et demi,  pendant lequel je pratiquais la médecine générale à Bruxelles.

R.K.  Vous aviez peu de risque de devenir chômeuse.

M.M.  Je partage avec Bernard le goût de faire toujours plus, d’être attirée par d’autres choses.

R.K.  Le risque n’est-il pas de ne pas faire les choses à fond ?

M.M.  Tout à fait.  Quand j’étais pilote, je gardais quand même un pied dans la médecine.  J’étais consultante pour les facteurs humains dans certains projets en médecine aéronautique  et notamment dans les projets spatiaux de la navette européenne Hermès.  Ce qui m’a entraîné à de fréquents déplacements à Toulouse.  Mais les budgets explosaient : c’est pourquoi Hermès n’a jamais vu le jour, l’agence spatiale européenne ayant pris l’option de travailler avec les Russes et les Américains.  J’avais un pied des deux côtés.  Quand un médecin de la force aérienne m’a parlé du concours d’astronaute, j’ai été séduite parce que c’était l’occasion unique de ne pas me disperser et de mettre ensemble mes compétences médicales et aéronautiques : la partie scientifique médicale qui pouvait être utilisée et ma formation technique de pilote.  Mon but n’était pas de devenir pilote de la navette, mais d’utiliser mes connaissances médicales à bord de la navette.

J’ai été sélectionnée pour la Belgique, puis pour l’Europe.  J’ai  suivi mon mari astronaute également dans ce parcours.  A l’époque, les gens de l’Agence Spatiale Européenne n’avaient pas l’idée qu’un couple dans l’espace, cela pouvait être sympathique et bon pour le marketing et ils nous ont envoyés dans deux continents différents.  J’ai eu une expérience ponctuelle chez les Russes, tandis que mon mari était envoyé aux Etats-Unis. Après huit mois dans l’Agence, j’ai renoncé pour pouvoir aller travailler aux Etats-Unis, sur le support scientifique des vols habités, pendant que mon mari travaillait dans le corps des astronautes.
Je ne suis pas allée dans l’espace, mais mon mari y est allé en 1996.  En rentrant, j’avais un intérêt pour les sciences psychologiques et je me suis inscrite comme élève libre à l’ULB.  J’ai depuis une approche plus psychothérapeutique des choses.  J’ai suivi une formation en thérapie brève et en hypnose dans un centre à Tournai.

R.K.  Dans quel but ?

M.M.  J’avais besoin d’aller plus au fonds des choses et de me lancer dans des projets plus créatifs.  Il y a deux ans, j’ai revu Bernard, que j’avais connu à l’Académie de musique d’Uccle.  Nous étions dans le même ensemble instrumental.  Entre-temps, Bernard et moi nous nous sommes revus brièvement pendant les études de médecine, bien que nous fussions dans des années différentes.  J’ai reçu ensuite certains cartons d’invitation pour les concerts de Bernard.  Je n’ai pas eu la possibilité d’y assister à l’époque.  En décembre 2007, Bernard m’a fait savoir qu’il jouait à Boitsfort.  Cette fois-ci, j’ai pu y aller.  Il jouait avec le groupe Ffortissimo.

R.K.  Nous en venons à votre parcours, docteur Vancraeynest ?  Votre choix de la médecine ?

B.V.  Il y avait quelques médecins dans ma famille, qui m’avaient plus ou moins endoctriné pour des études scientifiques et j’y croyais dur comme fer.  Mais, c’était bien loin de la musique.  Toujours est-il qu’à la fin de ma rhéto, j’avais réussi à convaincre ma famille de m’autoriser à faire une année sabbatique au Conservatoire, de manière à être débarrassé des cours les plus envahissants.  Pendant les études de médecine, j’ai poursuivi des cours au Conservatoire.

R.K.  Le piano ?

B.V.  Non.  D’abord le violon, quoiqu’en parlant, je fasse beaucoup de gestes pianistiques.  Mais je joue de plusieurs instruments, dont le piano.  Jusqu’en premier doctorat, j’ai pu concilier sans trop de peine un temps plein en médecine et un temps partiel au conservatoire, me permettant de développer ma technique de l’écriture musicale.  Car c’est surtout cela qui m’intéressait.  Pour obtenir des grandes distinctions, ce n’était pas l’idéal : je me contentais d’un peu moins.
Les stages m’ont bien plu, mais je ne me voyais pas entrer dans une spécialisation, m’investir autant d’heures par semaine et ne plus avoir le temps de m’adonner à ma passion.  Ce n’était pas la peur du travail, mais la crainte d’être déconnecté de la musique pendant plusieurs  années.

R.K.  La musique classique ?

B.V.  Non, la musique très rock, qui déjà m’emmenait sur les routes de France et de Navarre.

R.K.  Dans un groupe ?

B.V.  J’étais dans plusieurs groupes et nous tournions sur les scènes spécialisées, en Allemagne, en Angleterre notamment.  A l’époque, pour avoir un petit diplôme facile à caser, j’avais fait l’informatique médicale et j’ai presté à mi-temps pendant un an et demi, à cheval sur les cliniques et l’école de santé publique.  J’ai ensuite donné ma démission de ce poste pour ne plus faire, depuis 16 ans, que de la musique.

M.M.  Quand je t’écoute, je trouve que nous avons fait un parcours similaire.  Après avoir fait l’investissement des études de base, un diplôme solide et ensuite on a fait des petites choses pour avoir une petite solution en mains.  Tu as fait l’informatique médicale, moi j’ai fait la médecine du travail.  Quand la TEA, la Transeuropean airways – une compagnie charter où j’étais pilote – a fait faillite, j’ai pu trouver aussitôt un emploi dans un service de médecine du travail, un dépannage pour quelques mois creux.

R.K.  Docteur Vancraeynest, vous êtes toujours resté dans la musique rock ?

B.V. J’ai une formation classique de départ : je suis violoniste à la base.  J’ai appris la composition classique, mais j’ai toujours mis ce savoir technique au service de musiques à tout le moins borderline.  Mais il est vrai que dans tous les groupes dont j’ai fait partie, j’ai toujours été orchestrateur, arrangeur et chef d’orchestre.  J’ai toujours appliqué la rigueur de la méthode classique à tous les projets musicaux dont je faisais partie et c’est une force de jouer ce rôle dans des groupes très hétéroclites avec des gens qui ne savaient parfois pas lire la musique.

R.K.  Mais ils savaient se contorsionner.

B.V.  Ils savent se contorsionner, mais il faut néanmoins quelqu’un pour centraliser.  Ce qui a permis d’aboutir à des produits qui ont parfois été médiatisés.

R.K.  Il s’agissait de groupes différents ?

B.V.  Quand je faisais mes études, j’avais cinq groupes différents, un pour chaque jour de la semaine.  Pendant ma formation et mon travail en informatique médicale, je n’avais qu’un groupe qui s’appelait Domino’s.  Ce groupe tournait beaucoup ; j‘y suis resté six ans à temps plein.

R.K.  Qu’en est-il de tout ce qu’on raconte sur ces groupes ?  La drogue, l’alcool.

B.V.  C’est vrai !  C’est là que j’ai appris à boire.  J’avais peu guindaillé pendant mes études.  Je me suis retrouvé à 29, 30 ans avec la possibilité de m’éclater, mais en homme mûr.  C’est vrai que pendant quelques années je me suis très bien amusé, parmi des personnages un peu spéciaux, des tatoués, des mecs en cuir, des braves garçons, qu’il fallait un peu tenir.  Nous nous sommes rendu compte que nous ne maitrisions pas ce projet rock and roll.  Il avait été médiatisé en France sans que l’effort vienne de nous.  Dès lors nous n’avons pas pu contrôler l’arrêt de cette médiatisation.  Un jour on était à la télévision, on vendait des disques à la FNAC, l’année d’après on n’était plus rien.  Cela m’a fait réfléchir.  J’ai utilisé mon propre projet en utilisant les fruits de cette réflexion et j’ai créé mon nouveau groupe Ffortissimo, humour musical.  C’est cette démarche beaucoup plus structurée que Marianne a découverte lorsque nous nous sommes revus.  Chaque étape est voulue, calculée.

R.K.  D’où vient l’appellation Ffortissimo ?

B.V.  Au début le nom était Ffourtissimo, car nous étions quatre, puis nous n’avons plus été que trois, puis finalement deux.  Nous avons laissé les deux « f »  que l’on voit sur les partitions lorsqu’il faut jouer très fort.

R.K.  Comment définissez-vous ce Ffortissimo : des concerts, des comédies musicales ?

B.V.  Ce sont des spectacles d’humour musical.  Chaque mot a son importance.  Spectacle, parce que cela dépasse d’assez loin le cadre d’un concert.  Quand on joue du Mozart, c’est en costume, sur un clavecin d’époque et avec quelques accessoires un peu farfelus.  C’est donc visuel : il se passe des choses.  C’est musical, parce qu’on joue le mieux possible de la très bonne musique et c’est aussi de l’humour, parce que nous aimons tordre le cou aux idées reçues.

R.K.  Vous ne transformez pas la musique ?

B.V.  On la transforme.  Il faut savoir qu’un simple mouvement d’une sonate ou d’une symphonie peut parfois durer 15 minutes.  Ce n’est plus montrable sur scène aujourd’hui devant un grand public, qui n’est pas nécessairement constitué de mélomanes.  Nous avons des enfants dans notre public.  Nous faisons parfois des pots-pourris avec des musiques originales, des choses très vivantes ;  parfois on joue des morceaux actuels à la manière de Mozart et l’on explique aux gens de manière légère et décalée comment est faite cette musique et comment on peut se permettre de la transformer pour se rendre compte finalement que la grande et la petite musique c’est pareil : tout dépend de la manière dont on l’aborde et dont on la traite.

R.K.  Il y peut être le manque de respect qui pourrait choquer les analystes intégristes de Music 3 ou de France Musique ?

M.M.  Qui aime bien châtie bien !

B.V.  S’il fallait faire aujourd’hui du prosélytisme pro Mozart, je pense qu‘il y a urgence à ne pas tenter d’intéresser les gens à une écoute religieuse des œuvres de Mozart : il faut attaquer plus fort, montrer, expliquer que cela vaut la peine d’être écouté.  C’est une démarche qui, dans notre expérience, fonctionne.  On rigole à nos spectacles, puis dans un deuxième temps, beaucoup se disent : «  Tiens, je vais quand même acheter cette œuvre ».  C’est peut-être du populisme, mais cela fonctionne très bien, par rapport au public en général.  Dans ce premier spectacle, nous dansons d’une manière plutôt comique et nous chantons de plus en plus.  Cela permet de faire évoluer une action, en évitant trop d’explications verbales.

R.K.  Et vous, madame, vous vous êtes lancée dans cette étonnante aventure ?

M.M.  Je n’ai pas connu le parcours de Bernard avec les Domino’s, parce que j’étais à l’étranger.  Etant de passage en Belgique, je suis allée voir Ffortissimo ;   j’ai été le revoir quelques jours après avec des amis.  Je les ai trouvés vraiment excellents : il y avait un potentiel, une construction, une qualité musicale, même s’ils tournaient les choses en dérision.  Je me suis dit qu’il faudrait les amener à une autre échelle.  En janvier 2007, je suis allée voir Mozart lors de la création.  J’ai repris contact avec Bernard.  On a pas mal discuté et j’ai eu la conviction qu’il fallait construire ce spectacle sur un plus grand pied, parce qu’il le valait vraiment.  Et que se balader dans le monde culturel, en montrant ce que l’on sait faire, ne suffit pas : il faut une organisation plus structurée.  Dans ce domaine, notre formation scientifique nous aide ; on travaille ensemble, on a les mêmes idées, un même objectif et on  l’applique.

R.K.  Quel est votre rôle dans cette aventure ?


M.M.  J’assure la production du spectacle.  Nous avons créé une équipe, Bernard centralisant le tout comme il l’a toujours fait.  Si on loue une salle, il faut s’assurer des services d’une attachée de presse, d’un responsable du plan médiatique sur Bruxelles et d’un graphiste ; il faut recruter et coordonner ces gens.

B.V.  Marianne ne parle pas d’un point essentiel, qui est de débloquer de l’argent.  Si l’on veut gagner du temps, il faut aller solliciter des ressources qui sont parfois coûteuses.  La publicité est indispensable.  Marianne a réussi à mobiliser des capitaux.

M.M.  A un moment il faut louer une salle, investir dans la publicité et dans des publications.  On se montre et ensuite, on essaie d’arriver à l’équilibre dans un second temps.  Quelqu’un doit parfois prendre la décision de foncer.  Mais je savais qu’avec la cohérence du projet de Bernard, j’avançais sur quelque chose de stable et de solide.  Notre enthousiasme a fait une bonne partie, notre amitié et notre efficacité ont  fait le reste et nous avons foncé dans ce projet.

R.K.  Vous êtes nombreux dans cette équipe ?  Les costumes ?


B.V.  Dans ce domaine, on sort tout doucement de l’artisanat familial.  Il ne faut pas croire que, parce qu’on joue sur la scène des Beaux-Arts cette année, mon épouse n’a pas dû recoudre un costume il y a encore quelques semaines.  Il arrive encore que la maman de mon partenaire recouse des ourlets du costume de Mozart, par souci d’économie.  C’est la première fois, depuis quelques mois, que nous avons un peu de personnel, des personnes qui nous louent leurs services à titre d’indépendants, comme le graphiste qui s’occupe de l’affichage dans la ville, une attachée de presse, une assistante.  Il y a quinze ans que j’attendais d’avoir une assistante, qui s’occupe notamment du téléphone.

R.K.  Un metteur en scène.

B.V.  La plupart des metteurs en scène viennent du théâtre et ne prennent pas assez en compte les contraintes du musicien sur scène.  On me dit souvent : regarde par-là, danse comme cela.  Quand vous jouez du violon ou du saxophone, vous ne pouvez pas prendre n’importe quelle position.  Le metteur en scène intervient surtout pour lier la sauce, éviter les grosses boulettes en terme de mouvements sur scène et les longueurs.

M.M.  Il faut dire que je suis rentrée très tard dans ce projet.  A propos, il y a un troisième médecin qui fait partie de ce projet : c’est Anne Berquin, la femme de Bernard, qui l’a soutenu pendant des années et a réalisé un travail de fond.

R.K.  Il n’est pas étonnant que le numerus clausus ait des conséquences désastreuses.

M.M.  Anne a une pratique médicale.

B.V.  Sans ironiser, il est certain qu’un parcours d’artiste professionnel à temps plein qui dure depuis 16 ans n’est pas possible sans un soutien logistique de l’entourage.  J’ai pris trop de risques financiers dans ma carrière artistique pour pouvoir me passer d’une famille nucléaire très solide.  Et maintenant, on élargit avec Marianne.  Je suis très à cheval sur divers domaines musicaux.  J’ai accompagné des vedettes à l’Olympia dans la variété complètement décadente.  J’ai fait du rock and roll ; j’ai fait du brésilien.  Mais ma formation classique est restée présente.  Mozart versus Mozart est né en 2006, à l’occasion des 250 ans de la naissance de Wolfgang.  On s’est dit : on va faire quelque chose qui va marcher.  Le spectacle suivant ne sera pas sur Mozart.

R.K.  Wagner pourrait être amusant.

M.M. et B.V. éclats de rire de concert.

B.V.  Pour Mozart, j’ai réduit toutes les partitions pour un quintette à cordes,  puisque c’était la formation dont nous disposions : pour Wagner, il faudrait d’autres ressources orchestrales !

R.K  Votre premier spectacle était également présenté aux Beaux-Arts ?

M.M.  Non.  Nous avons commencé nos représentations l’année dernière, en louant I5 jours le théâtre du Vaudeville qui était plus à notre échelle, parce que plus intime.  Nous avons dû tout organiser.  La salle était louée complètement nue : il fallait même prévoir les ouvreuses.  On a beaucoup travaillé sur le terrain.  Mais nos grandes satisfactions ont été que notre groupe a bien tenu la route et que la salle était hilare.  Les gens sortaient avec un sourire jusqu’aux oreilles en disant : « nous avons passé un bon moment »  A ce moment, je n’ai pas besoin de savoir si les comptes sont à l’équilibre, s’ils le seront l’an prochain ou dans deux ans.  Cela m’est complètement égal.  On voit qu’on a donné de la joie et du bonheur pendant deux heures.  Nous avons décidé de continuer, parce que les gens aiment.  Beaucoup de gens me disent : « j’ai des ennuis, je ne suis pas bien : vous m’avez donné un moment pendant lequel  j’ai tout oublié ».  Notre grande satisfaction n’est pas tellement de sentir qu’on a été bon, c’est de sentir que le public a bien réagi.

R.K.  Vous avez fait d’autres spectacles de ce genre ?

B.V.   Oui : Ffortissimo qui est une critique amusante du statut de l’artiste.  

R.K. Avez-vous des projets ?

B.V.  Une grande partie de notre travail se passe dans nos bureaux pour le processus même de la production.  Ce que nous tentons de faire, c’est d’avoir plus de temps pour être simplement artistes.  Nous avons un projet de spectacle qui est bien avancé et dont nous envisageons la création dans un an.

M.M.  Nous construisons notre avenir.  Nous y croyons et nous y mettons toute notre énergie.

R.K.  Des critiques ?

B.V.  Les critiques négatives sont plutôt rares.  Elles proviennent toujours de gens qui ne voient pas la globalité de notre travail.  Par exemple, certains ne voient en nous que l’aspect théâtral…

M.M.  … et ne tiennent pas compte de tout le travail de performance et de construction musicales.  Les enfants comprennent parfois mieux la dynamique du spectacle.  Nous avons envie de transmettre notre passion.

B.V.  Un moment émouvant pour moi a été de revoir mon vieux professeur de violon qui a vu le spectacle et l’a trouvé formidable.

M.M.  Pour s’amuser à ce spectacle, il faut prendre du recul.

R.K.  Vous pourriez parfois faire l’inverse, c’est-à-dire jouer des musiques actuelles d’une manière classique.  Quand on se permet de voyager dans le temps, cela peut se faire dans les deux sens.

B.V.  On l’a fait avec la danse des canards, que nous avons réorchestrée à la manière de Mozart sous la forme d’un concerto pour deux violons

René Krémer

Post-scriptum :
Lors de cette interview, je n’avais pas encore vu le spectacle Mozart versus Mozart.
J’ai passé une excellente soirée à assister en famille à ce spectacle très original, sans être choqué le moins du monde, malgré mon admiration pour Mozart.  J’ai beaucoup ri, comme le public de tous âges jusqu’à l’ovation finale prolongée.
Les deux acteurs, Bernard Vancraeynest et Christophe Gillis, ont des talents multiples de comédiens, de mimes et de musiciens.  L’orchestre est de bonne qualité et s’intègre parfaitement dans un scénario original et surprenant.
Léopold Mozart, le père, musicien célèbre à l’époque, est jaloux de son rejeton Wolfgang qui lui vole sa renommée : il tente d’abord de décortiquer l’écriture musicale de son fils et de montrer qu’elle est simpliste et répétitive.  Devant l’échec de ses critiques, il s’efforce d’inspirer Wolfgang et de devenir en quelque sorte son impresario.
Les nombreux jeux de scène, sans bouder les anachronismes, déclenchent l’hilarité ; par exemple, la scène de l’échauffement de Mozart avant un concert, l’invention du Saxcobourgophone par Mozart et le prince Laurent et les nouvelles variations de la comptine « Ah ! Vous dirais-je maman », à la manière des chants et danses de la Saint Patrick et de Rabbi Jacob.  

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