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| Editorial. Le tréponème pâle menaçait les étudiants (1921). |
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| Les brassages de populations
au cours des guerres favorisent la propagation des maladies vénériennes.
Ce fut le cas pendant la grande guerre, mais aussi durant les années
dites folles qui l'ont suivie. La Belgique n'a pas échappé
à ce fléau, surtout à Bruxelles et dans les parties
industrielles du pays. Trois à quatre cent mille habitants auraient
ou auraient eu la syphilis. Il semble toutefois que la syphilophobie
exagérait ces chiffres et que l'on attribuait au mal napolitain pas
mal d'affections, notamment cutanées, dont on ne voyait par ailleurs
pas la cause : on ne prête qu'aux riches. Dans notre pays, une ligue nationale contre le péril vénérien fut créée en 1922, présidée par la Reine Elisabeth. Dans le comité, on retrouvait les noms du Cardinal Mercier, des professeurs Bordet et Gengou, d'Emile Vandervelde, d'Adolphe Max et de bien d'autres personnalités de l'époque. Dans un petit opuscule savoureux destiné aux étudiants, on leur explique que " sans rien connaître des maladies vénériennes, ils sont passés brusquement d'une vie surveillée à une existence libre de contraintes ". Ils parlent souvent de ces maladies " comme d'une gaudriole et les considèrent comme la rançon, désagréable il est vrai, de leurs aventures amoureuses et parfois s'en enorgueillissent quelque peu comme d'un signe de conquête et de succès ". Après une description des symptômes, le pamphlet s'étend sur l'ampleur du problème, notamment l'hérédosyphilis, les façons de s'infecter, la différence entre prostituées cartées et clandestines, vingt fois plus nombreuses, le rôle de l'alcool " qui affaiblit la résistance opposée à la tentation ", le traitement souvent incomplet, les charlatans qui garantissaient la guérison, le rôle néfaste de certains pharmaciens. A cette même inauguration, Monseigneur Vanroey, alors vicaire général de l'archevêché de Malines, présenta sur le désordre moral de la jeunesse, un rapport qui a un parfum suranné, un style, un vocabulaire et des idées rappelant le Moyen-Age, qui considérait la maladie comme une punition divine. Les maladies vénériennes sont la conséquence " d'une indiscipline morale effrénée, d'un viol de la loi naturelle régissant les activités sexuelles " : cette transgression entraîne un rappel à l'ordre, une " sanction physique automatique qui met en péril la vigueur de la race et le salut de la patrie ". Le conférencier reconnaît évidemment qu'il y a des " victimes innocentes parmi les personnes les plus rangées. " La seule prévention, " la continence et la pureté absolue jusqu'au mariage ", ne souffre pas d'exception. " La chasteté est d'ailleurs recommandable au point de vue médical et hygiénique : voyez les élèves d'Oxford et de Cambridge, continents et en bonne santé. " Quelques écrits que j'ai rencontrés mettent toutefois en doute la vertu des élèves dans les collèges britanniques. Le futur cardinal va établir ce qu'il appelle une pédagogie sexuelle en plusieurs points :
On ne peut s'empêcher de penser que cinquante ans plus tard, les étudiants américains manifesteront contre la guerre du Vietnam au cri de " Faites l'amour, pas la guerre ! "
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