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| La prohibition aux USA (1920-1933).
Un échec et un enseignement. |
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| Les
mouvements de tempérance menés par les églises évangéliques
ont été très actifs en Amérique du Nord, dès
le XVIIème siècle. L’horreur des boissons alcoolisées
poussa même certains sectaires à prétendre que c’était
du jus de raisin et non du vin qui fut consommé aux noces de Cana
et à la dernière Cène !
La guerre de sécession constitua une parenthèse dans cette période de tempérance. Le whisky était utilisé à profusion pour la désinfection des plaies, pour l’anesthésie lors de la chirurgie sur le champ de bataille, mais aussi pour enflammer l’ardeur des combattants. Mais ensuite, la croisade contre la consommation d’alcool reprit de plus belle. Les saloons étaient considérés comme des lieux de perdition, l’alcool y favorisant la violence, le jeu et la prostitution. « Si Dieu bâtit une église, le diable construit un saloon à côté. Mais aujourd’hui, le diable est le premier sur le terrain et n’a plus de limite dans ses constructions. » L’arrivée des émigrants était considérée comme une menace de l’enfer ; ils étaient catholiques pour la plupart, tant les Irlandais buveurs de whisky, que les Allemands grands consommateurs de bière et les Italiens amateurs de vin. Des cortèges de femmes fanatiques,
précédés d’une fanfare, défilent devant les bars
et saloons en chantant des hymnes purificateurs : elles attaquent les «
fortins du crime et du vice », campent devant les saloons qui résistent,
se saisissent des bouteilles d’alcool et les déversent sur la rue.
Les cloches sonnent à toute volée lorsqu’un saloon «
se convertit ». Ces groupements s’appellent «
antisaloon ligue » et « women’s christian temperance union
». Les promoteurs de cette loi vont continuer imperturbablement à en vanter les effets : le Conseil fédéral des églises insiste sur le fait que la prohibition est « le seul moyen d’éradiquer l’alcoolisme » et qu’elle permet de « contrôler la vie individuelle dans les domaines de la maladie et de la délinquance ». Le célèbre prédicateur Billy Sunday proclame : « Le règne des larmes est passé. Les taudis ne seront bientôt plus qu’un souvenir. Nous allons changer les prisons en usines. L’enfer sera à louer. Les hommes marcheront droit, les femmes souriront et les enfants riront. » Et pourtant, dès le début l’échec est évident : les conséquences désastreuses de la prohibition ne vont que s’aggraver jusqu’à ce que F.D. Roosevelt et Herbert Hoover, candidats à la présidence, permettent la bière à 3,2 % puis mettent fin à la loi fédérale de prohibition en 1931, laissant toutefois aux Etats le choix d’abroger la loi ou de la maintenir. Le Kansas restera « sec » jusqu’en 1948 et le Mississipi jusqu’en 1966. Les études ultérieures ont clairement
démontré les effets pervers de la prohibition. Le crime organisé s’empare du marché de l’alcool de contrebande : au début, ces gangsters sont considérés comme des Robin des Bois, des briseurs de blocus. Ce sont les bootleggers qui récoltent l’argent antérieurement versé aux accises : les prix de l’alcool atteignent des sommets. Les sommes énormes qu’ils récoltent permettent aux gangsters de corrompre policiers, douaniers, fonctionnaires et même des procureurs et des juges. La qualité de l’alcool n’étant plus contrôlée, des concoctions artisanales parfois mortelles apparaissent sur le marché. On assiste à des batailles rangées entre bootleggers et fédéraux et entre bandes rivales. Les habitudes de consommation changent : on boit rapidement pour être ivre. On boit plus d’alcool que de bière ou de vin, plus difficile à transporter et à cacher. Aux mains des gangsters, la vente de l’alcool leur permet d’encourager le jeu et la prostitution… Le crime s’est organisé dorénavant aux USA et évoluera bientôt vers la drogue. Cette triste expérience de la prohibition
devrait nous faire réfléchir vis-à-vis de mesures trop
brutales, par exemple contre le tabac ou les drogues douces. Par ailleurs,
on est parfois surpris par le caractère impulsif et sans nuance de
certaines décisions politiques américaines et une tendance
à définir le mal absolu et lui déclarer une guerre totale
: le maccartisme des années cinquante en est, entre autres, un exemple.
N’oublions pas toutefois que ce dynamisme n’est pas toujours intempestif :
nous lui devons d’avoir été débarrassés des nazis.
René Krémer
1. C’est le nom d’un « superdrug congress man »Retour au sommaire |
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