Promotion des médecins : 25 juin 2005
Discours du Professeur René Krémer, Président de l’AMA-UCL
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Chers confrères, chères consœurs,

Félicitations.  Bienvenue parmi les anciens.  L'aboutissement de 7 longues années avec beaucoup de travail, des joies, mais aussi des jours de galère.

Il y a une bonne cinquantaine d'années, j'étais à votre place sur la photo de promotion, dans la cour du vieil hôpital Saint Pierre, à Louvain sur Dyle.  Il y avait parmi nous, au 1er rang, à côté des profs, une demi douzaine de filles, sagement assises, mains croisées sur les genoux, cols Claudine et jupes à mi mollets.
Je ne mérite pas l'appellation de dinosaure, car je n'ai quand même pas connu la médecine des clystères à gogo et des saignées à palettes que veux-tu.

Vous pourriez toutefois me considérer comme un ancêtre, car j'ai vécu personnellement dans mon enfance avant les années quarante, la pneumonie lobaire sans la pénicilline et sa guérison lors de la brutale défervescence du 9ème jour ;  plus tard, alors que j'étais médecin, les infarctus du myocarde étaient maintenus six semaines au lit, avec un traitement contemplatif : les malades se levaient, jambes flageolantes et muscles fondus.

J'ai donc vécu les progrès de la médecine : cette vue panoramique me donne la possibilité et peut-être le droit de comparer.
Il y a 50 ans, le médecin généraliste, toujours disponible, toujours pressé, passait peu de soirées en famille, connaissait parfois mal ses enfants, devait souvent attendre une retraite très tardive pour lire Proust, visiter le Louvres, aller à la Monnaie ou aux Beaux-Arts (il faut dire Bozar, je crois).  
S'il parcourait son journal quotidien, ce n'était pas pour lire les pages culturelles ou les débats politiques, mais pour survoler les grands titres, peut-être les faits divers et les avis de décès.

Aujourd'hui, la pratique médicale est différente, à quelques exceptions près et c'est heureux !  
Je ne vous parlerai pas des progrès annoncés dans les domaines de la génétique, de la robotisation, de la communication, mais de la vie du médecin.  De nos jours, le praticien estime, à juste titre, qu'il ne doit pas sacrifier sa vie de famille à sa carrière, ni renoncer à des activités sociales et de loisir, mais il est donc un peu moins disponible pour ses patients.

La communication est facile et rapide, mais l'informatique doit être consommée avec modération, le téléphone portable et le courrier électronique ne doivent pas supplanter les contacts humains, les échanges les yeux dans les yeux, tant avec les malades qu'avec les confrères et avec ceux que l'on appelle les paramédicaux et qui sont parfois plus proches du patient que le médecin.  Il ne faut pas avoir les yeux rivés sur l'écran du PC et se contenter d'emmagasiner des données, comme le policier qui recueillerait la déposition d'un suspect sans le regarder.

Le dialogue singulier avec son malade demeure essentiel, de même que la connaissance de sa famille, ses antécédents, son habitat, sa situation socio-économique... Le recours inconsidéré des gens aux services d'urgence de l'hôpital pour ce qu'on appelle la " bobologie " est une dérive inacceptable, due en partie à la moindre disponibilité du médecin de famille et peut-être aussi à l'accueil aux urgences idéalisé par des séries télévisées.

Le remède, c'est que le médecin doit acquérir un esprit d'équipe, afin d'assurer la qualité et la continuité des soins.  Je n'évoquerai pas la rationalisation indispensable du travail hospitalier, ni la collaboration et la complémentarité nécessaire par delà les fractures idéologiques et autres.

Le généraliste, lui aussi, doit faire équipe avec ses confrères, mais aussi avec les autres artisans de la santé, infirmières, kiné, psychologues... Cette collaboration peut prendre des formes très diverses adaptées au caractère de chacun, à la région, au type de clientèle...

Cela peut aller de la médecine à deux, parfois en couple, jusqu'à la maison médicale plus ou moins large, avec plus ou moins d'indépendance des médecins et plus ou moins d'entraide.

Les avantages d'une médecine de groupe sont évidents :
- la continuité des soins, assurée notamment pendant les vacances
- la mise en commun de certains frais généraux, ce qu'on pourrait appeler les économies d'échelle
- des relations plus étroites avec d'autres prestataires de soins (kiné, infirmières, dentistes...)
- une discussion de cas en commun, très enrichissante et efficace
- la possibilité d'une carrière à temps partiel
- la prise en charge de certaines actions de prévention, plus facile que pour un médecin isolé

Le docteur Bernard Vercruysse, que j'interrogeais à propos des maisons médicales, me disait que leur bon fonctionnement dépendait de la confiance entre prestataires, que dans ce domaine les initiatives étaient diverses, qu'il y avait pratiquement autant d'organisations différentes que de médecine de groupe.  Il ajoutait qu'il y avait des types de travail d'équipe à la fois simple et efficace, comme par exemple trois généralistes, travaillant dans des cabinets en des lieux différents, mais avec des dossiers informatisés communs, des réflexions et des gardes communes.  L'essentiel est que le généraliste ne peut que bénéficier de contacts et de synergies avec ses confrères.

Depuis plusieurs années, l'AMA-UCL organise pour les étudiants de 1er et 2ème doctorat des " rencontres à la carte " d'un jour avec différents types de carrière médicale : certains d'entre vous ont saisi, en son temps, cette opportunité utile pour le choix de leur carrière future.  Je profite de cette occasion pour remercier chaleureusement les confrères qui ont tous reçu ces jeunes avec attention et dévouement. 

Beaucoup de ces étudiants ont demandé à passer une journée ou plus dans une maison médicale et en ont tiré, j'espère, des enseignements utiles pour leur avenir.  A cette occasion, nous leur demandons un bref compte-rendu de leur rencontre.  Leur réflexion démontre que dans ces groupes, la médecine est le plus souvent de qualité et très humaine.  J'en citerai deux exemples qui montrent parfaitement le rôle essentiel du médecin généraliste dans notre société :
- Assma (1e doctorat) écrit :  " La pérennité de la relation permet au praticien d'avoir une vue dans le temps, de son patient.  Ce dernier n'est plus une angine, une bronchite ou un ulcère, mais une personne avec sa propre histoire, la maladie n'étant qu'un épisode...Médical et social sont étroitement intriqués.  Ignorer l'un ou l'autre revient à faire du palliatif. "  
- Et Geneviève : " On se rend compte que le médecin généraliste occupe toujours une place privilégiée dans la vie intime et familiale.  Il est apprécié comme soigneur, mais aussi comme confident et conseiller. "

A partir d'aujourd'hui, nous vous proposons d'étendre ces " rencontres à la carte " à votre promotion, pendant trois ans.  Certes, nous savons que pour beaucoup d'entre vous le choix de carrière est déjà fait ;  mais nous pensons que pour certains il pourrait être utile d'avoir un contact informel avec certaines pratiques médicales : par exemple, la recherche, le journalisme médical, la médecine légale, la médecine du travail, la gériatrie, les soins palliatifs, les urgences... etc...  Profitez de cette opportunité.  Il vous suffit de prendre contact avec le secrétariat des anciens, Tour Vésale, niveau 0, même pendant les vacances.

Nous vous souhaitons une carrière réussie et une vie heureuse.  Cultivez l'amitié, l'humour et l'amour du prochain, notamment le prochain le plus proche, c'est-à-dire votre famille, vos amis et vos patients.

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