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Lorsqu’il était à
Louis Le Grand le jeune Littré a gagné le concours des 4 grands
Collèges de Paris, avec un discours imaginé de Constantin Paléologue
à la veille de la prise de Constantinople par les Turcs en 1453 (2).
Après avoir renoncé à l’examen d’entrée à
Polytechnique en raison d’une luxation de l’épaule mais surtout parce
qu’il était « effrayé
par les mathématiques », Littré devient secrétaire
du Comte Daru, pair de France, qui écrivait à l’époque
une histoire de la république de Venise. Après peu de temps,
le Comte écrit au père de Littré : « votre fils vaut mieux que ce que je
lui fais faire »
Le jeune homme choisit alors la
médecine qui, écrit-il « concilie les exigences de l’esprit scientifique
et le souci de soulager les souffrances. »
Il entre à l’Ecole de Médecine
à Paris en 1822, au milieu de l’agitation estudiantine hostile à
Louis XVIII
Externe des hôpitaux à
la Charité, il soigne notamment les enfants et ceux qu’on appelait,
à tort parfois, les « vénériens ».
Il écrit un poème, d’assez médiocre facture, mais empreint
de compassion :
…longues , longues salles
Aux deux rangs de lits chargés de rideaux blancs
Et leurs lampes de nuit sur les luisantes dalles,
Jetant de loin en loin quelques rayons tremblants.
Son livre « médecine
et médecins » ( 1871) témoignera de sa pitié pour
la condition humaine, mais aussi de son enthousiasme pour la perfection et
l’harmonie du corps humain et, particulièrement pour la physiologie
qui n’est pas enseignée à Paris à l’époque.
Il s’oppose à toutes les superstitions mais aussi à l’homéopathie,
que Samuel Hahneman avait imaginée en 1796.
Il donne des leçons de grec
et de latin et écrit une tribune dans le Journal Hebdomadaire de Médecine,
en partie pour arrondir son maigre pécule d’interne. Ses écrits font apparaître
une certaine déception de la médecine, avec l’incertitude du
diagnostic et du traitement et la peur de se tromper. « La responsabilité est grande,
le pouvoir petit »; c’est moins vrai à l’heure actuelle.
Il refuse de présenter sa thèse
de doctorat « pour éviter
de s’enfermer dans une carrière à voie unique ». On
le surnommera « le roi sans couronne
».
Toutefois, il n’abandonnera jamais
complètement la pratique médicale. Il écrit :
« les apostats de la médecine
demeurent marqués pour toujours, car la médecine est une école
sévère et dure, mais fortifiante ».
Il entreprend son premier ouvrage
important : la traduction de l’œuvre complète d’Hippocrate, un travail
gigantesque « dans un dédale
de manuscrits », ce qui ne l’empêche pas de faire le coup
de feu les 28 et 29 juillet 1830, lors de l’insurrection contre Charles X.
En 1832, il publie un livre sur le
choléra, étude épidémiologique avant la lettre.
Bien que la contagion n’y soit pas évoquée, il met en évidence
les conditions géographiques, saisonnières, socio-économiques
de l’épidémie et parlera en 1858 d’ « un principe animal ou végétal
» responsable.
Il déclare : « J’ai touché à bien des
points dans le domaine du savoir ; aucun ne m’a désintéressé
de la médecine. » Il continue d’ailleurs
à fréquenter la clinique de Bouillaud à la Charité.
« Tout en m’éloignant
de la pratique, je me rapprochais de la science.»
Il pratiquera très longtemps à Mesnil Le Roy, où
il avait sa maison de campagne, en donnant des soins gratuits à ses
voisins et en leur apportant une aide morale et affective.
Il avoue que « par désuétude d’exercice
», il devenait de plus en plus malhabile et « dépourvu » dans
l’emploi des médicaments.
« Si je vaux encore quelque chose médicalement, c’est dans le
diagnostic et le conseil général. » Ces
conseils, il les donnaient parfois par lettre. C’est ainsi que l’on
conserve de lui une lettre de 1862 adressée à une dame souffrant
d’un coryza chronique : il lui recommande des fumigations de goudron.
Ses articles sont innombrables,
mais le plus souvent en rapport avec la médecine. Il publie
une nouvelle édition du dictionnaire de la médecine de Nysten,
un médecin belge, s’intéresse aux maladies des personnages
illustres : Alexandre le Grand n’aurait pas été empoisonné
et Henriette d’Angleterre serait morte d’une perforation d’estomac.
Il étudie également les grandes épidémies : la
peste d’Athènes, le mal des ardents, la peste noire, le typhus, la
danse de Saint Gui… Il s’intéresse à l’éthique
et notamment au libre arbitre, à la moralité et à la
responsabilité, ainsi qu’au rapport entre la sociologie et la biologie.
En 1837, il donne des articles à
une revue éphémère, « L’expérience »,
qui n’accepte que des articles fondés sur l’expérience, un
précurseur de « l’evidence based medicine » récemment
redécouverte.
Littré aura des accès
de mélancolie lors de la mort de sa mère, de sa sœur et de
son frère, ce dernier victime d’une septicémie contractée
lors d’une leçon d’anatomie à laquelle il avait voulu assister
bien qu’il ne soit pas médecin.
Disciple fervent d’Auguste Comte
et adepte du positivisme, il proclame que l’homme est un animal mammifère
de l’ordre des primates, famille des bimanes et que la psychologie doit faire
place à la physiologie du cerveau. A la fin de sa vie, il nuancera
ces opinions.
Sa candidature à l’Académie
Française est vivement combattue par Mgr Dupanloup, évêque
d’Orléans, mais il y accédera néanmoins en 1873, tandis
que l’évêque intransigeant démissionnera.
Talonné par Hachette, il poursuit
le travail colossal du « Dictionnaire de la Langue Française
», son chef d’œuvre, qui l’a fait connaître dans le monde entier.
Entrepris dès 1844, cet ouvrage ne sera achevé que trente ans
plus tard.
A la fin de sa vie, perclus de
rhumatismes, il ne quittait plus guère son bureau et traduisait l’enfer
de Dante en langue d’oïl ! Sa femme et sa fille, dont il n’avait
jamais tenté de contrarier la foi fervente, le firent baptiser et
organisèrent des funérailles catholiques. Ce positiviste,
un Saint laïc selon Pasteur, s’était-il converti, la mort approchant
? Ce sujet est controversé et analysé différemment,
en fonction des croyances des biographes.
Ouvrages consultés.
Pierre Valéry Radot : Littré,
interne des hôpitaux. Médecine de France (1957)
Jean Hamburger. Monsieur Littré
(1988)
Académie française :
discours et travaux académiques.
www.academie-francaise.fr/immortels/
- Le titre complet de ce chapitre des « Etudes et glanures
pour faire suite à l’histoire de la langue française »
est « La pathologie verbale ou lésions de certains mots dans
le cours de l’usage » (1880) Littré introduit ainsi ce texte
: Comme un médecin qui a eu
une pratique de beaucoup d’années et de beaucoup de clients, parcourant
à la fin de sa carrière le journal qu’il en a tenu, en tire
quelques cas qui lui semblent instructifs, de même j’ai ouvert mon
journal, c’est-à-dire mon dictionnaire, et j’y ai choisi une série
d’anomalies, qui, lorsque je le composais m’avaient frappé et souvent
embarrassé. Prenons comme exemple, le terme «
accoucher » Accoucher,
écrit Littré, n’a aujourd’hui
qu’une acception, celle d’enfanter, de mettre au monde en parlant d’une femme
enceinte. Mais, de soi, ce verbe, qui évidemment contient couche,
coucher est évidemment étranger à un pareil emploi.
Le sens propre d’accoucher ou, comme l’on disait aussi de s’accoucher est
se mettre au lit. Comme la femme se met au lit, se couche pour enfanter,
le préliminaire a été pris pour l’acte même, exactement
comme si, parce qu’on s’assied pour manger à table, s’asseoir avait
pris le sens de manger…. L’usage
moderne réservait à ce mot une bien plus forte entorse ; il
en a fait un verbe actif qui devrait signifier mettre au lit, mais qui, dans
la tournure qu’avait pris la signification, désigna l’office du chirurgien
et de la sage-femme…..C’est ainsi que l’artiste remanie souvent l’argile
qu’il a entre les mains. De nos jours, nouvelle entorse ; la
signification s’est encore élargie et l’on dit plaisamment "qu’on
accouche d’un travail pénible. "
- Ce Constantin Paléologue est le fils de Manuel Paléologue
(1391-1423) celui là même dont notre Pape Benoît
XVI a pris récemment en exemple une phrase qui a irrité les
musulmans.
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